JFHOD

P.429 - Impact de la sarcopénie diagnostiquée par différentes mesures en imagerie pré-opératoire sur la morbi-mortalité des patients opérés d’un cancer du rectum

F. Seita, Y. Eid, J.P. Pelage, G. Lebreton, A. Alves, R. Morello, A. Fohlen

Introduction

La sarcopénie est un facteur prédictif de morbi-mortalité chez les patients traités pour différents types de cancer. Différents types de méthode et différents seuils de mesures en imagerie sont utilisés pour porter le diagnostic de sarcopénie. L’objectif de cette étude était d’analyser et de comparer l’impact en termes de morbi-mortalité de la sarcopénie sur une population de patients opérés d’un cancer du rectum en utilisant les différents critères scannographiques de sarcopénie.

Matériels et méthodes

Etude rétrospective unicentrique des patients opérés d’un cancer du rectum au CHU de Caen entre 2006 et 2016. La population a été scindée en sarcopénique et non sarcopénique selon 3 critères d’imagerie et 8 seuils validés, appliqués sur les scanners pré-opératoires. Les mesures scannographiques du skeletal muscle index (SMI), du Total psoas area (TPA) et du Transversal psoas muscle thickness (TPMT) ont été effectuées et comparées aux données chirurgicales, à l’albuminémie pré-opératoire ainsi qu’aux suites post-opératoires (complications et mortalité).

Résultats

Au total, 106 patients opérés ont été inclus avec une prévalence de sarcopénie qui variait de 28 à 83% en fonction des seuils retenus. Les patients sarcopéniques présentaient une durée moyenne de séjour significativement plus longue (p=0,03) et une survie plus courte comparativement aux patients non sarcopéniques, en utilisant le critère SMI (p=0,037). Les patients sarcopéniques-hypoalbuminémique présentaient des complications post-opératoires plus sévères et un taux de mortalité plus élevé. Les complications sévères (Score de Dindo-Clavien ≥3) sont significativement plus fréquemment survenues chez les patients sarcopéniques- hypoalbuminémiques (57% versus 22% respectivement, p=0,003. Enfin un taux de mortalité significativement plus important dans le groupe sarcopénique- hypoalbuminémique (52% versus 29%, p=0,048)).

Discussion

Les critères scannographiques ainsi que leurs seuils définissant la sarcopénie sont très variables dans la littérature et ne se sont intéressés que très récemment aux patients opérés spécifiquement d’un cancer du rectum. Les études présentent le plus souvent des populations atteintes d’un cancer du rectum ou du colon alors que la prise en charge notamment chirurgicale est différente. Aucune étude de la sarcopénie n’avait été effectuée uniquement sur une population de patients opérés d’un cancer du rectum à la mise en place de notre protocole. C’est en avril 2018 que la première étude traitant du sujet a été publiée par Takeda et al. [91].

Dans notre étude, selon les critères retenus, la prévalence de la sarcopénie variait entre 28% et 81%. La variabilité de cette prévalence s’explique par la diversité des mesures effectuées et l’application de différents seuils plus ou moins sensibles. Le moment de la réalisation du scanner dans la prise en charge thérapeutique du patient a son importance dans la prévalence de la sarcopénie. En effet dans l’étude de Elliot et al. le taux de patients sarcopéniques variait de 15,9% au moment du diagnostic du cancer de l’œsophage, à 30,8% en période pré-opératoire et à 34,8% à 1 an après l’opération [18]. Ceci met en évidence une tendance à l’augmentation de la prévalence de la sarcopénie avec l’avancement de la prise en charge thérapeutique du patient. Nos analyses portaient sur un scanner effectué le plus souvent post-radiochimiothérapie et dans la période pré-opératoire, ce qui pourrait expliquer une prévalence de sarcopénie plus élevée par rapport à des études utilisant le scanner au moment du diagnostic du cancer [44].

Après analyse des différents résultats, il ressort que les critères du consensus de Fearon à savoir : SMI <55 cm²/m² chez l’homme et <39 cm²/m² chez la femme sont les plus pertinents pour identifier la sarcopénie au sein d’une population atteinte d’un cancer du rectum et ainsi prédire les suites opératoires.

            En application des critères de Fearon et al., 61% des patients étaient sarcopéniques. La survie des patients sarcopéniques était significativement moins importante sur une période de 8 ans (p-value=0,037), avec une durée d’hospitalisation significativement allongée (15,6 jours contre 12,3 jours avec un intervalle de confiance à 95% [13,5-17,7] pour un p-value à 0,03) en comparaison aux patients non sarcopéniques.

Conclusion

Les patients sarcopéniques opérés d’un cancer du rectum présentaient une survie plus courte et une durée d’hospitalisation plus longue que les patients non sarcopéniques. Le critère composite associant la mesure de SMI avec un seuil < 55 cm2/m2 chez l’homme et < 39 cm2/m2 chez la femme associée à une hypoalbuminémie était le plus pertinent pour prédire la morbi-mortalité post-opératoire.

Remerciements