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CO.101 - Impact de l’arrêt cardiaque récupéré chez le donneur en état de mort encéphalique sur les résultats de la transplantation hépatique

E. Timsit, E. Savier, Y. De Rycke, M. Khalfallah, F. Charlotte, G. Rousseau, F. Perdigao Cotta, C. Vezinet, O. Scatton, F. Conti

Introduction

L’arrêt cardiaque récupéré (ACR) chez le donneur en état de mort encéphalique est considéré comme facteur de mauvais pronostic sur les résultats de la transplantation hépatique (TH) car il pourrait être responsable d’une dysfonction du greffon, secondaire à des lésions ischémiques. Cependant, certaines études sont en faveur d’un effet protecteur de l’ACR.

L'objectif de cette étude a donc été de préciser l’influence de l’ACR chez le donneur en état de mort encéphalique sur les résultats de la TH. 

Patients et Methodes

Etude rétrospective monocentrique sur 429 TH réalisées entre le 01/01/2008 et le 30/06/2017 à la Pitié-Salpêtrière. Critères d’exclusion: reTH, greffes multiorganes, foies partagés et dominos, donneurs vivants, décès par arrêt circulatoire. Un groupe ACR (n=111) a été comparé à un groupe non ACR (n=318). Critère de jugement principal: survie sans complication artérielle ou biliaire à 1 an (survie sans ABC), nouvel outil d’évaluation en cours de validation par l’équipe de TH de la Pitié-Salpêtrière. Critères de jugement secondaires : survie patient, la survie greffon, complications post-opératoires immédiates et données anatomopathologiques.

Résultats

Les donneurs étaient significativement plus jeunes dans le groupe ACR par rapport aux non ACR (47,3 ans [13-86] versus 59,5 ans [15-95], p < 0,0001). La cause de décès du donneur était majoritairement anoxique dans le groupe ACR (46,8% versus 0,62%) et vasculaire cérébrale dans le groupe non ACR (73,6% versus 33,6%, p < 0,001). En conséquence, l’ET-DRI était plus bas dans le groupe ACR (1,501 versus 1,595 p = 0,025). Certains paramètres biologiques du donneur en réanimation étaient significativement  moins bon dans le groupe ACR : pic de transaminases, GGT et PAL, pic de lactates, créatinine, TP, pic de bilirubine. Enfin, les patients du groupe ACR étaient plus souvent tabagiques (p=0,0002). En revanche, les caractéristiques des receveurs et de l’intervention étaient comparables entre les deux groupes, et les greffons avaient un pourcentage de nécrose et de stéatose comparable.

Aucune différence significative n’a été mise en évidence pour la survie des patients (90,5% à 1 an dans le groupe non ACR et 93,6% dans le groupe ACR, p = 0,35), la survie des greffons (88,6% à 1 an dans le groupe non ACR et 92,7% dans le groupe ACR, p = 0,25) et la dysfonction du greffon en post-opératoire (31,5% dans le groupe ACR versus 36,7% dans le groupe non ACR, p = 0,43). Les paramètres biologiques post-opératoires étaient comparables en dehors du taux de transaminases à J2 post-opératoire qui était moins élevé dans le groupe ACR (ASAT à 349 UI/l vs. 408 UI/l p = 0,015 et ALAT 501 UI/l vs. 532 UI/l, p = 0,049) et du TP entre J5 et J7 post-opératoire qui était plus élevé dans le groupe ACR (84,2% versus 79,7%, p = 0,04). La survie sans ABC était significativement plus élevée dans le groupe ACR (70,1% dans le groupe non ACR et 81% dans le groupe ACR, p=0,04) en analyse univariée. En analyse multivariée, la survie sans ABC n’était plus significativement meilleure dans le groupe ACR, mais la tendance persistait  (HR = 0,62, p = 0,08). Les facteurs qui influençaient de façon indépendante sur la survie sans ABC étaient le tabagisme chez le donneur, le type de liquide de conservation utilisé, la dose de catécholamine du donneur en réanimation et l’ET-DRI.

Discussion

Conclusion

D’après nos résultats, la survenue d’un ACR chez le donneur en état de mort encéphalique n’a pas d’impact sur les résultats de la TH à 1 an. Il semblerait même qu’il existe un rôle protecteur de l’ACR sur la survie sans ABC, qui était meilleure dans le groupe ACR en analyse univariée, même s’il ne persistait qu’une tendance en analyse multivariée.

La survenue d’un ACR chez le donneur ne semble donc pas être un facteur pronostic majeur, l’utilisation de ces greffons, bien sélectionnés, n’est pas contre-indiquée en TH. 

Remerciements