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CO.068 - Impact des antiviraux à action directe sur l’évolution de la cascade de prise en charge de l’hépatite C chronique entre 2011 et 2016, France métropolitaine

C. Brouard, J. Pillonel, M. Boussac-Zarebska, V. de Lédinghen, A. Rachas, C. Silvain, N. Lydie, S. Chevaliez, C. Pioche, J. Durand, F. Lot, E. Delarocque-Astagneau

Introduction

L’Organisation mondiale de la Santé a fixé un objectif d’élimination des hépatites C et B à l’horizon 2030, visant à ce que 90% des infections chroniques soient diagnostiquées et que 80% des personnes infectées soient traitées. Dans le cadre du plan interministériel « Priorité prévention 2018-2022 », la France s’est engagée à atteindre cet objectif pour l’hépatite C d’ici 2025. Ce travail a pour but d’estimer la cascade de prise en charge de l’hépatite C chronique en France métropolitaine : 1) en 2016, afin de disposer d’un premier point pour le suivi de l’élimination ; 2) en 2011, afin d’évaluer l’impact des antiviraux à action directe (AAD) sur la cascade.

Patients et Methodes

Les effectifs des populations emboîtées suivantes ont été estimés pour 2016 et 2011 :

1) personnes ayant une hépatite C chronique,

2) personnes ayant connaissance de leur infection,

3) personnes prises en charge pour une hépatite C chronique au cours de l’année,

4) personnes en cours de traitement antiviral au cours de l’année.

Les estimations 1) et 2) reposaient : pour 2016, sur une enquête transversale, avec un volet biologique, réalisée auprès d’un échantillon aléatoire de la population générale métropolitaine (près de 7000 personnes testées) ; pour 2011, sur des modélisations.

Les estimations 3) et 4) ont été réalisées à partir d’une analyse des données individuelles du Système national des données de santé (SNDS) :

  • en construisant, pour 3), un algorithme d’identification des personnes avec au moins un recours aux soins pour une hépatite C chronique dans l’année (actes de biologie, actes médicaux, traitement antiviral, hospitalisation, affection de longue durée) ;

  • en prenant en compte l’ensemble des traitements antiviraux (bithérapie pégylée, AAD de 1ère ou de 2nde génération) pour 4).

Les estimations concernent les personnes âgées de 18-75 ans en 2016 et de 18-80 ans en 2011 vivant en France métropolitaine.

Résultats

Entre 2011 et 2016, le nombre de personnes ayant une hépatite C chronique a diminué de 31%, passant de 192 700 (Intervalle de crédibilité à 95% : 150 900-246 100) à 133 500 (Intervalle de confiance (IC) à 95% : 56 900 – 312 600) (Figure). Le nombre de personnes ayant connaissance de leur infection est resté stable (111 300 en 2011 [Intervalle de plausibilité : 76 100-158 000] et 107 600 en 2016 [IC95% : 59 000-127 600]), tandis que leur proportion a augmenté (de 58% à 81%). Entre 2011 et 2016, le nombre de personnes identifiées comme prises en charge pour leur infection dans l’année est passé de 28 000 (15% des personnes infectées) à 34 300 (26% des personnes infectées), soit une augmentation de 22%. Le nombre de personnes en cours de traitement est passé de 12 900 en 2011 à 16 100 en 2016 (+25%), tandis que leur proportion par rapport au nombre de personnes infectées est passé de 7% en 2011 à 12% en 2016.

Figure : Cascade de prise en charge de l'hépatite C chronique en 2011 et 2016, France métropolitaine

Discussion

La diminution du nombre de personnes ayant une hépatite C chronique entre 2011 et 2016 est multifactorielle, mais pourrait s’expliquer principalement par une augmentation du nombre de personnes guéries grâce aux AAD. L’augmentation de la proportion de personnes connaissant leur statut, si elle est cohérente avec les résultats d’autres travaux, est à interpréter avec précaution en raison de limites méthodologiques. La mise à disposition des AAD de 2nde génération depuis 2014 a très probablement largement contribué à l’augmentation, entre 2011 et 2016, des nombres de personnes prises en charge ou en cours de traitement. L’estimation de la cascade chez les usagers de drogues, principale population touchée par l’hépatite C, constitue une perspective de travail complémentaire.

Conclusion

Ce travail a permis, pour la 1ère fois, d’estimer la cascade de prise en charge de l’hépatite C chronique en France métropolitaine, avant et après l’introduction des AAD. Il suggère un impact important de ceux-ci sur la cascade de soins. Pour autant, l’accès aux soins et au traitement des personnes infectées restait insuffisant en 2016, notamment au regard des objectifs d’élimination.

Remerciements