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CO.148 - Impact du développement d’un centre expert régional en endoscopie interventionnelle sur le taux de prises en charge chirurgicales des lésions bénignes dans le cadre du dépistage du cancer colorectal, une étude de population

R. Rodrigues, S. Geyl, J. Albouys, C. Rineau-de Carvalho, M. Crespi, T. Tabouret, A. Taibi, S. Durand-Fontanier, R. Legros, M. Dahan, P. Carrier, J.F. Dupuy, G. Langlois, D. Sautereau, V. Loustaud-Ratti, S. Kerever, J. Jacques

Introduction

Le dépistage organisé du cancer colorectal (CCR) par recherche de sang occulte dans les selles suivi d’une coloscopie, permet une diminution de l’incidence et de la mortalité par CCR. De plus en plus de larges lésions prénéoplasiques sont découvertes grâce au test immunologique fécal. La résection endoscopique est la méthode de référence actuellement bien qu’un nombre important de chirurgies colorectales soit rapporté pour ces lésions.

Matériels et méthodes

Nous avons réalisé une étude en population après accord du comité d’éthique à partir de la base de données de la structure de dépistage des cancers de notre département, validée par la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés).

Nous avons étudié les années 2012, 2016 et 2017 afin de comparer les performances du test Hemoccult II et du test immunologique fécal (FIT) mis en place en en 2015, ainsi que les possibilités de prise en charge des lésions colorectales bénignes puisqu’à partir de 2016 un réseau de soins avec des endoscopistes experts a été implanté dans notre département.

La population étudiée correspond aux habitants âgés de 50 à 74 ans invités par l’Assurance Maladie à participer au dépistage organisé qui ont réalisé leur test en 2012, 2016 ou 2017.

L’objectif principal était de comparer l’évolution du taux de prise en charge chirurgicale pour lésions bénignes avant et après le développement d’un réseau de soins expert en endoscopie interventionnelle sur la prise en charge des lésions colorectales superficielles.

Les objectifs secondaires étaient de comparer le taux de prises en charge chirurgicales selon le type d’établissement, évaluer les facteurs de risque de prise en charge chirurgicale des polypes bénins et comparer les résultats de la prise en charge chirurgicale et endoscopique des polypes de plus de 2 cm.

Résultats

Sur la période d’étude, 1571 patients ont eu une coloscopie suite à un test positif, 981 coloscopies ont mis en évidence au moins une lésion.

Le taux de détection d’adénomes(TDA) est de 57%,plus faible pour les tests de 2012 (Hemoccult II) à 40% contre 62% et 57,5% en 2016 et 2017(FIT) (p<0.0001).

Concernant l’objectif principal, le taux de prise en charge chirurgicale des lésions bénignes diminue significativement, passant de 14,6% en 2012 à 7,5% en 2016 et 5% en 2017 (p=0.016).

Concernant les objectifs secondaires, la prise en charge chirurgicale des lésions bénignes est significativement plus importante en secteur privé (10% contre 2.8%, p=0.001) mais tend à diminuer (2012 : 21.8%, 2016 : 9.89%, 2017 : 5.96%, p=0.004) contrairement au secteur public où le taux de prise en charge chirurgicale reste stable. Après analyse uni et multivariée nous avons identifié des facteurs de risque de prise en charge chirurgicale des lésions bénignes (Annexe 1):l’année 2012, la dysplasie de haut grade et carcinome in situ, la taille ≥20mm, le secteur privé. La taille ou une erreur de caractérisation représentaient la raison d’une prise en charge chirurgicale directe dans 75% des cas.

Le tableau en Annexe 2 compare les lésions et les données d’hospitalisation concernant les lésions bénignes de plus de 20mm, dans le groupe endoscopie et chirurgie.

Discussion

Conclusion

Cette étude est la première à démontrer un effet direct de la mise en place d’un réseau régional spécialisé sur le nombre de prises en charge chirurgicales des lésions colorectales superficielles à l’heure de la disponibilité d’un test de dépistage de masse efficace.

Les problématiques liées à la taille et la caractérisation des lésions étant les deux principaux facteurs de risque de prise en charge chirurgicale directe, l’amélioration passera par l’implémentation d’outils technologiques permettant un avis expert rapide. A l’avenir l’intelligence artificielle permettra probablement de s’affranchir de cette difficulté.

Nos résultats confirment les données de la littérature concernant la morbidité de la chirurgie pour les lésions bénignes avec 20,4% de morbidité à un mois et un coût plus important (6 fois plus élevé).

Enfin, notre étude permet également de confirmer la supériorité du FIT par rapport au test au Gaïac avec un TDA significativement supérieur.

Remerciements