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CO.083 - Impact du schéma posologique de l’infliximab pendant la grossesse chez les femmes enceintes atteintes de maladies inflammatoires chroniques intestinales : analyse descriptive de la base du Système National des Données de Santé (SNDS)

C. Cholle, E. Benzenine, S. Combret, A. Barkun, M. Doret, C. Michiels, C. Quantin, M. Bardou, M. Luu

Introduction

Les anti-TNFα constituent un traitement majeur des maladies inflammatoires de l'intestin (MICI), et sont de plus en plus utilisés pendant la grossesse. Le bénéfice de leur utilisation durant toute la grossesse et leur sécurité durant la première année de vie pour les enfants exposés in utero ont été précédemment démontrés dans la cohorte nationale EVASION sur les données du Système National des Données de Santé (1-2). L’intensification du traitement est parfois nécessaire pour contrôler la maladie, cependant sa sécurité n’a encore jamais été évaluée dans cette population. La grossesse altère la pharmacocinétique de l’infliximab (IFX), avec un phénomène de concentration materno-foetale durant la grossesse (3), et des taux détectables jusqu’à un an de vie chez l’enfant exposé in utero (4). L’insuffisance de ces données nous a conduit à évaluer la sécurité d’utilisation du schéma intensif d'IFX pendant la grossesse chez les femmes atteintes de MICI et leurs enfants pendant la première année de leur vie.

Matériels et méthodes

Les femmes enceintes entre 2011 à 2014, et traitées par IFX pendant leur grossesse ont été incluses à partir de la cohorte EVASION, ainsi que leurs enfants. EVASION est une cohorte nationale observationnelle rétrospective de femmes enceintes atteintes de MICI, construite à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS). Les doses et dates d’administration d’IFX ont été récupérées dans la base des Unités Communes de Dispensation du SNDS. L’exposition à un schéma intensif était définie par une dose d’IFX ≥1,5 fois la première dose connue avant grossesse et/ou un intervalle ≤4 semaines±3 jours entre deux administrations. Les autres patientes étaient considérées comme suivant un schéma standard. Les groupes ont été comparés sur le risque de survenue d’une complication globale (infectieuse, ou liée à la grossesse - analyse principale), le risque infectieux chez la mère pendant la grossesse et chez l’enfant au cours de la première année de vie (analyses secondaires), via une régression logistique conditionnelle avec approche par équations d’estimation généralisées.

Résultats

Au total, 781 grossesses exposées à l’IFX ont été incluses, provenant de 690 femmes, principalement des maladies de Crohn (689/781, 88.2%). L’intensification d’IFX était observée chez 18.6% (145/781) des patientes. Un traitement concomitant par thiopurine était présent dans 22.1% (32/145) dans le groupe traité par IXF intensif et 15.4% (98/636) dans le groupe standard. L’intensification du traitement était majoritairement effectuée durant le 1er trimestre de grossesse (121/145, 83.5%). L'exposition à un traitement intensif n’augmentait pas le risque de complications globales chez la mère par rapport au schéma standard en analyse multivariée après ajustement (Odds-Ratio ajusté (ORa) = 1.01; intervalle de confiance à 95 % (IC95%) : 0,92-1.10). Sur les 781 grossesses, 53.4% de couples mères-enfants ont pu être identifiés (n=417), dont 18.5% dans le groupe IFX intensif (n=77). Le risque infectieux chez l’enfant durant a première année de vie était similaire entre les groupes (ORa= 0,95 ; IC95 % : 0,88-1.03). Vingt-trois malformations ont été observées chez 21 enfants, tous provenant de mères traitées selon le schéma standard (n=340). Ces enfants étaient issus principalement exposés à l’IFX durant les deux premiers trimestres de grossesse (57,1%), pour traiter une maladie de Crohn (19/21, 90.5%). Les malformations concernaient principalement la sphère ORL (26,1%) mais également le système musculosquelettique (21,7%), cardiovasculaires (17,4%) ou neurologique (13,0%).

Discussion

Conclusion

Dans cette étude réalisée à partir de la cohorte nationale EVASION, l’utilisation d’un schéma intensif d’IFX n’augmente pas le risque de complications chez la mère durant la grossesse, ni le risque infectieux chez l’enfant durant sa première année de vie. L’enrichissement de la cohorte EVASION permettra de confirmer ces résultats avec plus de puissance et d’analyser plus précisément les événements rares, en particulier malformatifs.

Remerciements