JFHOD

P401 - Impact d’un pesticide sur le microbiote d’un jeune rat après exposition in utero et néonatale

Joly Claire, Gay-Quéheillard Jérôme, Chardon Karen, Bach Véronique, Khorsi-Cauet Hafida
Introduction

L'homme est quotidiennement confronté à des résidus de pesticides en tant que contaminants de la nourriture, de l'eau et de l'environnement. L'objectif de ce travail est d'analyser l'impact d'un pesticide sur la microflore digestive. Cette étude est réalisée sur un modèle animal par exposition continue à de faibles doses de chlorpyriphos (CPF) pendant la gestation et au cours de la vie néonatale (respectivement périodes de développement et de maturation du système digestif). Le pesticide choisi fait partie de la famille des organophosphorés connus pour traverser la membrane placentaire. Bien qu'il soit décrit comme un perturbateur de l'homéostasie corporelle, très peu de données bibliographiques sont disponibles sur son impact sur le système digestif, premier organe menacé par l'ingestion de xénobiotiques.

Matériels et Méthodes

L'exposition des animaux a été réalisée in utero grâce à de faibles doses de pesticides administrées (1 mg/kg de poids corporel (p.c) /jour : CPF1, n = 10 et 5 mg/kg p.c/jour : CPF5, n = 8) à dix huit femelles gestantes respectivement pendant toute la durée de la gestation (GD0 à GD21) et au cours de la période postnatale jusqu'au sevrage des petits à 21 jours (J0 à J21). Les rates gestantes témoins ont reçu le solvant du CPF (huile de colza). Les profils bactériologiques aéro-anaérobie au niveau des segments intestinaux (iléon, caecum, colon) et mise en évidence du phénomène de translocation bactérienne au niveau des organes stériles (rein, rate, foie, tissu adipeux) ont été effectuées par microbiologie conventionnelle, par quantification et typage moléculaire (RAPD-PCR et ERIC-PCR).

Résultats

Au sevrage (J21), les ratons sont plus petits lorsqu'ils sont exposés à de fortes doses de CPF (poids : -15,6 g ; taille : -2,6 cm, CPF5 vs témoins ; p<0,001).
Un déséquilibre microbien intestinal a été mis en évidence à J21. La flore aérobie totale augmente dans l'iléon (CPF1 vs témoins, p<0,05 ; CPF5 vs témoins, p<0,05) et le colon (CPF1 vs témoins, p<0,05), ainsi que la flore anaérobie totale augmente dans l'iléon (CPF5 vs témoins, p<0,05). La flore bénéfique a tendance à diminuer au profit de la flore potentiellement pathogène à J21. En effet, nous observons une augmentation des staphylocoques dans l'iléon, le caecum et le colon (CPF1 vs témoins, respectivement p<0,05, p<0,01, p<0,05) et de clostridium spp dans l'iléon et le colon (CPF5 vs témoins, p<0,05). A l'inverse, les lactobacilles diminuent dans l'iléon, le caecum et le colon (CPF1 vs témoins, p<0,05).
Ce dysmicrobisme est associé à une translocation bactérienne accrue au niveau des organes stériles. Nous constatons la présence de bactéries aérobies dans le foie, la rate et le rein (CPF1 vs témoins, respectivement, p<0,05, p<0,01 et p<0,001) et de bactéries anaérobies dans la rate (CPF1 vs témoins, p<0,05).

Conclusion

L'exposition chronique de la femelle gestante au CPF provoque, chez sa descendance, un dysmicrobisme intestinal et une translocation bactérienne accrue vers les organes stériles. Ces paramètres soulignent des répercussions fonctionnelles chez l'individu exposé in utero et/ou par la lactation notamment une perméabilité intestinale (altération de l'expression de certaines protéines de complexes jonctionnels) corrélés par des observations histologiques.