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CO.110 - Intérêt de la progastrine pour la prise en charge et la caractérisation des patients atteints de carcinome hépatocellulaire

S. Iltache, M. Dupuy, B. Rivière, D. Peyre Costa, L. Meunier, G.P. Pageaux, B. Guiu, J. Duval, A. Prieur, E. Assenat

Introduction

Le carcinome hépatocellulaire (CHC) est le cancer primitif du foie le plus fréquent, développé majoritairement chez des patients cirrhotiques. Sa prise en charge repose sur le stade tumoral, la fonction hépatique et l’état général du patient, mais ne prend pas en compte les caractéristiques moléculaires.

L’équipe de Yamashita (1) a décrit 4 sous-groupes de CHC de pronostics différents selon les caractéristiques biologiques (AFP) et immunohistochimiques (EPCAM, marqueur de cellules souches). L’AFP est le seul biomarqueur actuellement utilisé en pratique courante, mais son intérêt est controversé. Une récente étude s’est intéressée à la progastrine (PG), cible directe de la voie Wnt/beta-caténine, impliquée dans la cancérogénèse hépatique, comme marqueur diagnostique de cancer.

L’objectif principal de cette étude est d’étudier l’intérêt de la PG comme biomarqueur diagnostique, pronostique, et pour la caractérisation tumorale selon des sous types histologiques de CHC.

Matériels et méthodes

Il s’agit d’une étude observationnelle, rétrospective, monocentrique, menée au CHU de Montpellier, à partir d’une cohorte prospective (Liverpool 1) incluant des patients atteints de CHC, de 2015 à 2017. Les données cliniques, le score de Child Pugh, de MELD, le taux d’AFP, le taux de progastrine (par test Elisa avec le cancerREAD lab kit (ECS-Progastrin)), le stade tumoral selon la classification de BCLC, et le score AFP ont été recueillis. Pour les patients disposant d’un prélèvement histologique, nous avons réalisé des analyses immunohistochimiques complémentaires, à savoir le marquage de la Glutamine-Synthétase, de la ß-Caténine (marquage nucléaire), de l’AFP, d’Epcam, de Ck19, et de p53. Nous avons considéré un taux de PG anormal (patients PG+) s’il était ≥1pM, et un taux d’AFP élevé (patients AFP+) si le taux était ≥20ng/ml.

Résultats

Parmi les 87 patients inclus, 80.4% avait une PG élevée contre 53% pour l’AFP. Il n’existait pas de corrélation entre ces 2 marqueurs (p=0.73). Les dosages de la PG étaient élevés quel que soit le stade BCLC, avec des taux ≥ 1pM chez plus de 75% des patients quel que soit le stade (p=0.91), alors que les patients avec un taux d’AFP ≥20ng/ml étaient ceux à un stade avancé: 12% pour le stade 0, 36% pour le stade A, 47% pour le stade B, 71% pour le stade C et 100% pour le stade D, avec une différence significative entre ces groupes (p=0.006).

Le taux de PG était corrélé à l’aspect morphologique (p=0.013), au taux de CRP (p=0.0243), au taux d’albumine (p=0.0167), au score de MELD (p=0.01), et inversement au marquage Epcam (p=0.05).

A partir de ce résultat, nous avons fait l’hypothèse de classer les patients en 4 sous-groupes selon l’étude de Yamashita et al. : AFP+PG+ / AFP+PG- / AFP-PG+ / AFP-PG-. L’analyse statistique entre ces sous-groupes retrouvait une différence significative pour la taille tumorale (p<0.0001), l’invasion vasculaire (p=0.0027), l’aspect morphologique (p=0.0022), et l’immunomarquage p53 (p=0.0081). L’analyse en sous-groupes permettait aussi d’expliquer les différences observées entre les taux de CRP, d’albumine et le dosage de la PG.  En comparant le groupes AFP-/PG+ (groupe correspondant au meilleur pronostic dans l’étude de Yamashita en considérant que les patients Epcam - étaient PG+ et inversement) aux 3 autres groupes, des différences significatives existaient selon l’étiologie alcoolique et VHC (p=0.0181), la taille de la tumeur (p=0.0034), l’invasion vasculaire (p=0.0284), le score AFP (p<0.001), et le marquage p53 (p=0.0244). De manière intéressante ces sous-groupes pronostiques étaient significativement corrélés au stade BCLC (p<0.0001).

Discussion

Conclusion

Le dosage de la progastrine semble intéressant pour le diagnostic de CHC mais doit faire l’objet d’études approfondies, notamment chez les patients porteurs d’une hépatopathie chronique. La combinaison du dosage de l’AFP et de la PG pourrait permettre de définir 4 sous-groupes diagnostiques et pronostiques de CHC, et ces biomarqueurs sanguins pourraient être utilisés facilement en pratique clinique de routine.

Remerciements