JFHOD

P.221 - Intérêt du CAP (controlled attenuation parameter) dans l’évaluation du syndrome métabolique

O. Jamal, Z. Kasmy, S. Chala, Y. Sekkach, K. Ennibi

Introduction

Le syndrome métabolique est une entité clinico-biologique qui regroupe des anomalies hétéroclites mineures, lorsqu’elles sont considérées de façon individuelle, mais dont l’association expose à un sur-risque cardio-vasculaire. Les stéatopathies métaboliques sont la traduction hépatique du syndrome métabolique. Le CAP est un nouveau paramètre physique qui mesure l’atténuation des ondes ultrasonores dans le foie à la fréquence centrale de la sonde M ou XL du Fibroscan®. Plusieurs études ont conclu aux bonnes performances du CAP dans le diagnostic non invasif et dans l’évaluation du degré de la stéatose hépatique. L’objectif de cette étude est d’évaluer la corrélation entre les valeurs du CAP et les différents paramètres du syndrome métabolique.

Patients et Methodes

Il s’agit d’une étude transversale menée entre Avril 2017 et Octobre 2018. Tous les patients âgés de plus de 18 ans et présentant une maladie chronique du foie, adressés pour une évaluation non invasive de la fibrose hépatique, ont été inclus dans l’étude. La mesure de l’élasticité hépatique (exprimée en KPa) et du CAP (exprimé en dB/m) a été réalisée de façon concomitante en utilisant la sonde M ou XL du Fibroscan® (Echosens, Paris, France) par des opérateurs entraînés. Les valeurs du CAP ont été classées en 4 grades : < 238 (pas de stéatose), de 238 à 258 (stéatose légère), de 259 à 291 (stéatose modérée) et ≥ 292 (stéatose sévère). Des paramètres cliniques et biologiques ont été enregistrés de façon concomitante à la mesure du CAP et de l’élasticité hépatique : âge, sexe, antécédents d’hypertension artérielle, de diabète ou de dyslipidémie, IMC, tour de taille, pression artérielle, glycémie à jeun, taux de triglycérides, taux du HDLc, enzymes hépatiques et HOMA score. Le syndrome métabolique a été défini selon les critères de l’IDF 2006. L’analyse statistique a été réalisée en utilisant le logiciel SPSS 20.0.

Résultats

146 patients ont été inclus dans l’étude dont 85 étaient des hommes et 61 étaient des femmes. L’âge moyen était 53,6 ans. 23,3% des patients étaient obèses, 26,7% étaient hypertendus, 48,6% avaient une hyperglycémie à jeun, 26% avaient une hypertriglycéridémie et 50% avaient une baisse du taux d’HDLc. 55,5% de la population étudiée remplissaient les critères du syndrome métabolique. La prévalence du syndrome métabolique dans le groupe de patients présentant une stéatose hépatique (CAP ≥ 238) était significativement plus élevée que dans le groupe ne présentant pas de stéatose hépatique  (CAP < 238) (p < 0,001). La valeur du CAP était significativement plus élevée chez les patients présentant un syndrome métabolique (p < 0,001). L’ensemble de la population étudiée a été divisée en 4 groupes en fonction du degré de stéatose hépatique définie par les valeurs du CAP. La prévalence du syndrome métabolique et de ses composants augmentait de façon significative avec l’augmentation de la sévérité de la stéatose hépatique (p < 0,001). Les valeurs du CAP augmentaient de façon significative avec l’augmentation du nombre de paramètres du syndrome métabolique (p < 0,001). L’analyse de corrélation a montré que la valeur du CAP était corrélée de façon positive et significative avec l’ensemble des paramètres du syndrome métabolique à l’exception du HDLc. En analyse univariée, les facteurs associés significativement à la stéatose hépatique étaient l’obésité, l’HTA, l’hypertriglycéridémie, l’hyperglycémie à jeun, le taux d’ASAT et le HOMA score. En analyse multivariée, et en ajustant sur les variables sus-citées, seule l’obésité était significativement associée à la stéatose hépatique.

Discussion

Dans cette étude, nous avons montré que le CAP était associé aux différents paramètres du syndrome métabolique, ce qui vient renforcer la relation entre le CAP et la stéatose hépatique, déjà validée par de nombreuses études antérieures. Ce qui est plus intéressant, est le fait que les valeurs du CAP augmentent avec l’augmentation du nombre de paramètres du syndrome métabolique. Cette constatation laisse suggérer que le CAP pourrait être utilisé comme indicateur de sévérité du syndrome métabolique. Le CAP permettrait, non seulement de reproduire le grade histologique de la stéatose hépatique, mais également de refléter la sévérité du syndrome métabolique chez les patients présentant une hépatopathie chronique.

Conclusion

Il existe une corrélation significative entre les valeurs du CAP et les différents paramètres du syndrome métabolique. Toutefois, afin d’évaluer la performance du CAP comme outil pronostique du syndrome métabolique et l’introduire dans des stratégies de diagnostic précoce et de suivi, de larges études prospectives multicentriques sont nécessaires.

Remerciements