JFHOD

CO.007 - Intérêt d'un nouveau score endoscopique pour prédire la rechute clinique après résection iléocolique pour la maladie de Crohn

N. Hammoudi, C. Auzolle, M.L. Tran-Minh, G. Boschetti, M. Bezault, A. Buisson, B. Pariente, X. Treton, P. Seksik, M. Fumery, L. Le Bourhis, S. Nancey, M. Allez

Introduction

La réalisation d’une iléocoloscopie dans l’année suivant la chirurgie est l’examen de référence pour évaluer la récidive post-opératoire précoce après résection iléocolique lors d’une maladie de Crohn (MC). Le score de Rutgeerts modifié (SR) classifie la récidive endoscopique en six grades selon l’existence de lésions anastomotiques ou de l’iléon néo-terminal. Il guide la stratégie thérapeutique post-opératoire mais sa reproductibilité reste modérée. L’objectif de cette étude était d’évaluer l’association entre les lésions constatées lors de l’iléocoloscopie réalisée dans l’année suivant la chirurgie et le devenir à long terme des patients.

Patients et Methodes

Le groupe REMIND a mené une étude prospective et multicentrique. Les patients opérés pour une MC iléale ou iléocoliques étaient inclus. Une iléocoloscopie était réalisée 6 mois après la chirurgie. Une nouvelle classification endoscopique évaluant l’atteinte de l’anastomose et de l’iléon néo-terminal séparément a été définie (Ax pour les lésions anastomotiques, et Ix pour les lésions de l’iléon néo-terminal évaluées selon le score de Rutgeerts). La récidive clinique était définie par des symptômes digestifs en lien avec la MC confirmés par une imagerie, une endoscopie, une intensification thérapeutique, la survenue de complications ou une nouvelle chirurgie en lien avec la MC.

Résultats

Deux cents vingt-cinq patients ont été inclus. Les données à long-terme étaient disponibles pour 193 d’entre eux (86%). L'âge médian à la chirurgie était de 30,7 ans (IQR: 25,0-42,1). Quatre-vingt six patients (45%) étaient de sexe masculin, 53 (28%) fumeurs à la chirurgie et 34 (18%) avaient déjà eu une première résection iléo-caecale. Quatre-vingt dix sept patients (50%) avaient reçu un traitement post-opératoire immédiat en prévention de la récidive dont 54 (28%) un traitement par anti-TNF.  Le suivi médian était de 3,82 ans (IQR: 2,56-5,41) à partir de la chirurgie. La médiane de survie sans rechute clinique était de 47,6 mois. Tous les patients avaient eu une iléocoloscopie de réévaluation dans l'année suivant la chirurgie. Cent-trois (53%) d'entre eux ne présentaient pas de lésion anastomotique (A0Ix) et 24 (12%) des ulcérations au moins hémi-circonférentielles (A2Ix) ou une sténose anastomotique (A3Ix). Au niveau de l'iléon néo-terminal, 99 patients (51%) n'avaient pas de lésions (AxI0), 26 (13%) moins de 5 ulcérations aphtoïdes (AxI1) et 62 (32%) des lésions plus sévères (AxI2I3I4). Indépendamment de l’existence de lésions anastomotiques, les patients présentant des lésions iléales, qu’elles que soient leur sévérité, lors de l’iléocoloscopie post-opératoire avaient une survie sans rechute clinique significativement plus courte que ceux n’en présentant pas (Figure a) (Médiane : 68,5, 33,0 et 39,1 mois respectivement pour les groups AxI0, AxI1 et AxI2I3I4; AxI0 vs AxI2I3I4 : p=0,0003, AxI0 vs AxI1 : p=0,0008, AxI1 vs AxI2I3I4: p=0,43). Indépendamment de l’existence de lésions de l’iléon néo-terminal, les patients présentant des ulcérations anastomotiques sur plus de 50% de sa circonférence (classés A2Ix ou A3Ix) lors de l’iléocoloscopie post-opératoire avaient significativement plus de complications anastomotiques occlusives sur le long-terme que ceux ne présentant pas (A0Ix) ou peu d’ulcérations anastomotiques (A1Ix) (Figure b). (A0Ix vs A2A3Ix: p=0,01; A0Ix vs A1Ix: p=0,83; A1Ix vs A2A3Ix: p=0,05). 

Discussion

Conclusion

Ces résultats suggèrent qu’une classification évaluant séparément l’atteinte de l’anastomose et celle de l’iléon néo-terminal pourrait permettre de définir plus précisément la récidive endoscopique post-opératoire et le risque de rechute clinique à long-terme. Les patients avec des lésions iléales, y compris moins de 5 ulcérations aphtoïdes (AxI1), visualisées lors de l’iléocoloscopie post-opératoire, pourraient bénéficier d’une intensification thérapeutique pour améliorer leur devenir clinique à long-terme. 

Remerciements

Association Francois Aupetit, Helmsley Charitable Trust, MSD France, et La Fondation pour la Recherche Médicale (DEA20170637874)