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S0 - La chimioembolisation lipiodolée améliore-t-elle la survie et la qualité de vie des patients ayant un carcinome hépatocellulaire sur cirrhose ? Résultats d'un essai prospectif, randomisé et multicentrique (FFCD 9402)

Doffoël M, Vetter D, Bouché Olivier, Bonnetain F, Abergel A, Fratté S, Grangé JP, Stremdoerfer N, Blanchi A, Bronowicki Jean-Pierre, Caroli-Bosc FX, Causse X, Masskouri F, Bedenne Laurent, Fédération Francophone de Cancérologie Digestive (ffcd) .
Introduction

La question du retour de la chimioembolisation dans le traitement palliatif du CHC évolué a été soulevée à la fin de l'année 2003 après la parution de deux études contrôlées et deux méta-analyses positives. Un essai prospectif, randomisé et multicentrique de phase III a été mené de 1995 à 2002 afin d'évaluer le bénéfice potentiel de la chimioembolisation lipiodolée (CEL) sur la survie et la qualité de vie des patients ayant un carcinome hépatocellulaire (CHC) évolué, Okuda I ou II, sur cirrhose Child-Pugh A ou B.

 

Patients et Méthodes

La CEL associée au tamoxifène (groupe C) a été comparée au tamoxifène seul 20 mg/j (groupe T). Pour la CEL, une émulsion de lipiodol ultra-fluide avec 50 mg d'epirubicine et des fragments de spongel ont été utilisés. Cent trente huit patients ont été randomisés, parmi lesquels 123 étaient éligibles : 62 dans le groupe C et 61 dans le groupe T. Le critère de jugement principal était la survie globale, la qualité de vie étant un critère de jugement secondaire. Les analyses ont été réalisées en intention de traiter chez l'ensemble des patients, puis selon le stade Okuda. La survie a été estimée à l'aide de la méthode de Kaplan-Meier et comparée à l'aide de tests du Log-Rank. L'analyse multivariée a été réalisée à l'aide de modèles Cox. La qualité de vie a été étudiée par l'index de Spitzer et analysée à l'aide d'un modèle mixte d'analyse de variance pour mesures répétées.

 

Résultats

Les 2 groupes étaient comparables pour l'âge, le sexe, la classe de Child-Pugh, la fréquence de l'étiologie alcoolique de la cirrhose et du caractère multinodulaire du CHC, le diamètre de la tumeur principale, la fréquence du stade I d'Okuda et d'une thrombose portale segmentaire, et l'index de Spitzer. Dans le groupe C, le nombre moyen de cures de CEL a été de 2,8 ± 2,3 et dans le groupe T de 0,3 ± 1,1. La survie à 2 ans ne différait pas de façon significative entre les groupes C (25 %) et T (22 %). Chez les patients Okuda I, la survie médiane et la survie à 2 ans étaient respectivement de 16 mois et 32 % dans le groupe C et de 12 mois et 28 % dans le groupe T (NS). Chez les patients Okuda II, la survie médiane et la survie à 2 ans étaient respectivement de 2,8 mois et 6 % dans le groupe C et de 5  mois et 7 % dans le groupe T (NS). En analyse multivariée, les facteurs pronostiques étaient l'existence de douleurs hépatiques et un taux d'AFP > 400 ng/mL. Chez les patients Okuda I, les facteurs pronostiques indépendants étaient les suivants par ordre décroissant : taux d'AFP > 400 ng/mL, index de Spitzer, sexe masculin et nombre de patients inclus < 6 par centre. La répartition des causes de décès ne différait pas de façon significative entre les 2 groupes. Une détérioration de la qualité de vie au cours du temps était observée dans les 2 groupes. Le niveau de qualité de vie ne différait pas selon le traitement, mais elle se détériorait plus rapidement dans le groupe T que dans le groupe C, avec une influence négative du stade Okuda II.

 

Conclusion

Cette étude suggère que, dans le traitement palliatif du CHC évolué sur cirrhose, la CEL n'améliore pas significativement la survie ou la qualité de vie.