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CO.100 - La chirurgie hémorroïdaire chez les patients atteints de MICI : la prudence reste mère de sûreté

A. Alam, N. Fathallah, L. Spindler, A. El Mituialy, E. Pommaret, P. Benfredj, A.L. Rentien, M. Aubert, E. Safa Far, K. Fellous, N. Lemarchand, L. Abbes, M.L. Thierry, A. Ravaux, C. Cristea, H. Beaussier, A. Fels, V. de Parades

Introduction

La chirurgie hémorroïdaire est considérée comme potentiellement délétère chez les patients ayant une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI). Cependant, des données récentes de la littérature se sont avérées rassurantes (McKenna NP, et al. Dis Colon Rectum 2019 et Lightner AL, et al. Inflamm Bowel Dis 2020). L’objectif de cette étude était d’évaluer la morbidité de la chirurgie hémorroïdaire chez des patients atteints de MICI et opérés dans notre centre.

Patients et Methodes

Nous avons inclus tous les patients atteints de MICI et ayant eu une chirurgie hémorroïdaire entre le 1er novembre 2013 et le 7 juillet 2020. Le recueil a été réalisé de manière rétrospective. Une maladie quiescente était définie par l’absence de signe clinique et/ou un bilan endoscopique normal. 

Résultats

Nous avons inclus consécutivement 24 patients (46% de femmes), d’âge moyen de 51 ans (+/- 3). Il s’agissait de 12 maladies de Crohn (MC) (50%) et de 12 rectocolites hémorragiques (RCH). Tous les patients se plaignaient d’un prolapsus, dont 18 de grade 4 (75%), et 20 avaient des saignements hémorroïdaires (83,3%), dont 4 avec une anémie par carence martiale (Hb entre 5 et 9 g/dl). La localisation de la MC était iléale seule dans 75% des cas. Il n’y avait pas d’atteinte ano-périnéale. Au moment de la chirurgie hémorroïdaire, 4 patients (33,3%) étaient en rémission sans traitement, 1 patient (8,3%) sous 5-ASA, 1 patient (8,3%) sous corticoïdes, 4 patients (33,3%) sous immunosuppresseurs et 2 patients (16,7%) sous anti-TNF. La localisation principale de la RCH était rectale dans 16,7% des cas ou recto-sigmoïdienne dans 58,3% des cas. Au moment de la chirurgie hémorroïdaire, 2 patients (16,7%) étaient en rémission sans traitement, 7 patients (58,3%) sous 5-ASA, 1 patient (8,3%) sous immunosuppresseur et 2 patients (16,7%) sous anti-TNF. Au moment de la chirurgie, les MICI étaient considérées comme quiescentes et la muqueuse rectale était normale chez tous les patients.

Pour les MC, les gestes de chirurgie hémorroïdaire réalisés ont été une mono-hémorroïdectomie chez 3 patients (25%), une hémorroïdectomie tripédiculaire chez 5 patients (41,7%) et des ligatures artérielles avec mucopexie chez 4 patients (33,3%). Pour les RCH, les gestes réalisés ont été une hémorroïdectomie tripédiculaire chez 10 patients (83,3%) et des ligatures artérielles avec mucopexie chez 2 patients (16,7%).

La durée moyenne de suivi postopératoire a été de 14,8 mois (+/- 5). Il n’y a eu aucun perdu de vue. Le délai moyen de cicatrisation des plaies après chirurgie d’exérèse a été de 72,5 jours (+/- 22) chez les patients atteints de MC et de 56,9 jours (+/- 6,7) chez les patients atteints de RCH (p = 0,0503). Des complications postopératoires ont été rapportées chez 3 patients atteints de MC (25%) (2 fissures anales antérieures après ligatures artérielles avec mucopexie, dont une ayant nécessité une fissurectomie chirurgicale, et une hémorragie ayant nécessité une hémostase sous anesthésie locale) et chez 2 patients atteints de RCH (16,7%) (une dysurie et une hémorragie ayant cessé spontanément mais nécessité la transfusion de 11 culots globulaires). Il n’y a eu ni suppuration, ni sténose. La fréquence des complications n’était pas différente selon le type de geste effectué. 

Discussion

Conclusion

La chirurgie hémorroïdaire s’est soldée par une durée de cicatrisation après exérèse plus longue chez nos patients atteints de MC. Elle s’est également soldée par un taux non négligeable de complications (21%) chez tous les patients. En particulier, la survenue d’une fissure antérieure après ligatures artérielles avec mucopexie chez 2 patients atteints de MC n’était peut-être pas anodine. La faible proportion de traitements par immunosuppresseurs ou anti-TNF chez nos patients (33,3% seulement versus 42,3% pour McKenna NP, et al. et 47,2% pour Lightner AL, et al.) explique peut-être ce résultat discordant avec les données récemment publiées. En tout état de cause, il convient de rester prudent dans ce contexte pathologique très spécifique.

Remerciements