JFHOD

CO.43 - La cicatrisation transmurale évaluée en IRM est associée à une meilleure évolution de la maladie et représente une nouvelle cible thérapeutique potentielle chez les patients atteints de maladie de Crohn

A. Buisson, J. Vignette, C. Allimant, M. Reymond, B. Pereira, G. Bommelaer, C. Hordonneau

Introduction

La mauvaise acceptabilité des coloscopies répétées limite l’utilisation de la cicatrisation muqueuse endoscopique comme objectif thérapeutique en pratique quotidienne chez les patients atteints de maladie de Crohn (MC). L’IRM, mieux acceptée que la coloscopie par les patients, pourrait être une alternative intéressante pour évaluer la réponse aux traitements, d’autant plus qu’elle permet une évaluation concomitante du colon et de l’intestin grêle, et la détection des formes compliquées de la maladie (sténose, fistules).

L’objectif était d’étudier si l’amélioration des lésions IRM sous traitement était associée à une diminution du risque de chirurgie, d’hospitalisation et d’intensification thérapeutique.

Patients et Methodes

A partir d’une base de données de tous les patients consécutifs ayant réalisé une IRM pour MC luminale dans notre centre entre janvier 2012 et juin 2018, nous avons inclus rétrospectivement tous les patients adultes ayant eu deux IRM: avec signes objectifs d’inflammation sur la 1ère IRM, la 2ème IRM indiquée pour réévaluer l’activité de la maladie et un suivi > 6 mois. Les patients ayant eu une résection intestinale entre les deux IRM étaient exclus. Nos critères de jugement étaient le délai entre la 2ème IRM et : la chirurgie, la 1ère hospitalisation pour  MC ou la 1ère intensification thérapeutique. Toutes les IRM ont été réalisées selon le même protocole standardisé sans préparation colique la veille ni lavement. La normalisation de l’IRM était définie comme la disparition de toutes les lésions actives. L’amélioration des lésions était définie comme une diminution du MaRIA > 25 % ou  du score de Clermont > 25 % ou la présence d’au moins deux critères de réponse transmurale parmi : disparition des ulcérations, disparition des adénopathies, disparition de la sclérolipomatose, diminution d’au moins 30 % de la prise de contraste relative (RCE) ou augmentation d’au moins 10 % du coefficient apparent de diffusion (ADC). La stabilité ou l’aggravation des lésions étaient définies comme l'absence d’amélioration.

L’association entre les critères de réponse thérapeutique en IRM et le risque de chirurgie, d’hospitalisation ou d’intensification thérapeutique a été réalisée en analyse univariée par le test du log rank puis en analyse multivariée ajustée sur les critères clinico-biologiques à l’aide d’un modèle de Cox. Les résultats sont exprimés en Hazard Ratio (HR) et intervalle de confiance à 95 %.

Résultats

Nous avons identifié 443 patients ayant eu 889 IRM. Parmi eux, 274 patients ont été inclus dans notre étude (âge moyen 33,1 ± 15,8 ans, durée  d’évolution de la MC 7,0 [2,0-13,0] ans, 36,4 % de fumeurs, 31,4 % de patients avec antécédent de résection intestinale, 51,5 % de formes iléale isolées, 5,5 % de formes purement coliques et 43,1 % de formes iléo-coliques, 25,9 % de lésions ano-périnéales, 35,4 % de MC sténosantes et 31,0 % de MC fistulisantes). A la 2ème IRM, les patients recevaient un ou plusieurs traitements parmi les corticoïdes (6,3 %), les immunosuppresseurs (45,2 %), les anti-TNF (65,7 %) et l’ustekinumab (2,6 %). Le délai médian entre les 2 IRM était de 9,2 mois [6,0 – 14,1].

Au total, 53 patients ont eu une résection intestinale pour MC durant la période d’étude pour un suivi médian de 14,9 mois [4,3 – 31,4]. En analyse multivariée, l’amélioration des lésions en IRM était associée à une diminution du risque de chirurgie (HR = 0,13 [0,05 – 0,38] ; p < 0,001) tandis qu'une localisation iléocolique (L3) et un phénotype compliqué (B2 ou B3) (HR = 2,52 [1,06 – 6,00] ; p < 0,036) étaient associés à une augmentation de ce risque.

Au total, 72 patients (26,3 %) ont été hospitalisés pour MC durant la période d’étude. En analyse multivariée, l’amélioration des lésions en IRM était associée à une diminution du risque d’hospitalisation (HR = 0,25 [0,11 – 0,56] ; p = 0,001) tandis qu’un phénotype sténosant (B2) (HR = 3,09 [1,40 – 6,93] ; p = 0,006) ou fistulisant (B3) (HR = 2,71 [1,17 – 6,26] ; p = 0,02) ou une corticothérapie (HR = 2,56 [1,13 – 5,81] ; p = 0,025) étaient associés à une augmentation de ce risque.

Au total, 163 patients (59,5 %) ont eu une intensification thérapeutique pour MC durant la période d’étude. En analyse multivariée, l’amélioration des lésions en IRM était associée à une diminution du risque d’intensification thérapeutique (HR = 0,08 [0,03 – 0,20] ; p < 0,001). La normalisation de l’IRM était associée à une diminution plus importante de ce risque (p < 0 ,05).

Discussion

Conclusion

L’amélioration des lésions en IRM (cicatrisation transmurale) est associée à une diminution du risque de chirurgie, d’hospitalisation et d’intensification thérapeutique et pourrait donc être utilisée plus largement pour évaluer la réponse thérapeutique chez les patients atteints de MC à la fois en pratique quotidienne et dans les essais cliniques.

Remerciements