JFHOD

P.198 - La dissection sous-muqueuse chez les patients atteints de MICI : où en sommes nous ?

S. Leblanc, J. Jacques, M. Pioche, T. Wallenhorst, J.B. Chevaux, E. Chabrun, V. Lepilliez, A. Belle, S. Chaussade

Introduction

Les patients avec une Maladie Inflammatoire Chronique Intestinale (MICI) ont un risque accru de dysplasie colorectale, avec plusieurs facteurs de risques bien identifiés. La dissection sous muqueuse (DSM) des lésions néoplasiques de patients atteints de MICI reste controversée. La littérature est très restreinte sur le sujet, avec des séries récentes, rétrospectives, exclusivement limitées à des patients atteints de Recto Colite Hémorragique (RCH). L’objectif principal de cette étude est de préciser l’apport de la DSM chez les patients atteints de MICI en terme de résection endoscopique curative. Les objectifs secondaires sont l’évaluation des complications post geste endoscopique, la faisabilité technique, le suivi endoscopique. 

Patients et Methodes

Les différents centres français experts en dissection sous muqueuse enregistrent prospectivement l’ensemble de leurs procédures endoscopiques. De manière rétrospective, parmi 7 centres français interrogés, 28 patients traités par une dissection sous muqueuse colorectale avec le critère « MICI » associé ont été identifiés, soit 34 procédures de DSM. Les données cliniques, techniques, histologiques et de suivi ont été recueillies chez 21 patients (recueil en cours). La résection endoscopique était indiquée pour des lésions visibles dysplasiques, sur une MICI prouvée histologiquement,  active ou non, chez des patients inopérables, ou refusant une chirurgie itérative, ou pour objectif d’épargne chirurgicale. La DSM était proposée pour une lésion non accessible à une exérèse monobloc par mucosectomie (taille supérieure à 20mm, localisation difficile, telle atteinte de la ligne pectinée ou à proximité d’anastomose digestive, récidive), et pour permettre une analyse histologique de qualité. 

Résultats

25 cas de DSM ont été inclus, chez 21 patients (14F/11H) atteints de MICI (12 MC/ 9 RCH). Les lésions réséquées étaient réparties majoritairement sur le rectum (60%). Macroscopiquement, ils s’agissaient de lésions à extension latérale (LST-G 52,6%, LST-NG 42,1%) ou pédiculée (5,2%), avec une taille moyenne de44,5±19mm. La durée moyenne de procédure par DSM était de 80,5mn. L’analyse histologique finale montrait exclusivement des lésions adénomateuses (19 DBG, 5 DHG), sans dysplasie à distance sur l’ensemble des pièces histologiques. Un patient a présenté une perforation per-endoscopique traitée chirurgicalement dans le même temps opératoire, sur une lésion adénocarcinomateuse pT4N0, sous évaluée. La résection monobloc et la résection R0 étaient respectivement obtenues dans 95,8% (23/24) et 75% (18/24) des cas, en raison de marges latérales positives chez 6 patients exclusivement en DBG. Le taux global de résection endoscopique curative était de 75%. On notait 1 complication hémorragique, et 1 cas de perforation opéré. On ne notait aucune indication de chirurgie complémentaire pour raison carcinologique suite à la DSM. Lors de la surveillance endoscopique, 4 patients ont présenté une lésion dysplasique métachrone dont 3 récidives en DBG sur site de DSM (dont 2 patients avient une résection antérieure R0), traitées de nouveau par DSM, 1 cas de lésion dysplasique à distance traitée endoscopiquement. Concernant la faisabilité technique, on notait une fibrose sous muqueuse importante (63% F2), n’empêchant pas la DSM exclusive, sans recours à des techniques hybrides. 

Discussion

Conclusion

Il s’agit de la première série de DSM incluant des MC. La DSM colorectale chez les patients atteints de MICI est faisable techniquement, sans risque majoré de complication par rapport à une population standard, en centre expert, avec une exérèse endoscopique curative dans 75%. La complexité technique est dominée par une délimitation des marges latérales difficile en raison de l’inflammation muqueuse et une fibrose sous muqueuse plus fréquente. La surveillance endoscopique est fondamentale, pour permettre la détection de lésions métachrones, même chez les patients R0. 

Remerciements