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CO.082 - La localisation des lésions, et non leur sévérité, influence la cicatrisation endoscopique chez les patients atteints d'une maladie de Crohn traités par anti-TNFα : une analyse post-hoc de l'essai TAILORIX

P. Rivière, G. D'Haens, L. Peyrin-Biroulet, F. Baert, G. Lambrecht, B. Pariente, P. Bossuyt, A. Buisson, B. Oldenburg, S. Vermeire, D. Laharie

Introduction

L'impact de la localisation et de la sévérité des lésions de maladie de Crohn (MC) sur la cicatrisation endoscopique sous anti-TNF est mal connu. Notre étude a évalué le taux de cicatrisation endoscopique chez des patients atteints d'une MC répondant à l'infliximab (IFX) en association avec un immunosuppresseur, à la fin de la période d'induction et à un an, en fonction des caractéristiques endoscopiques au début du traitement (sévérité et localisation des lésions).

Patients et Methodes

Nous avons réalisé une étude post-hoc des données endoscopiques collectées prospectivement au cours de l'étude TAILORIX, un essai randomisé évaluant le traitement par IFX guidé par les biomarqueurs et les dosages médicamenteux chez des patients ayant une MC luminale active et naïfs d'anti-TNF (1). Tous les patients présentaient des ulcérations à l'inclusion. Une iléocoloscopie était réalisée aux semaines 0, 12 et 54. La cicatrisation endoscopique était définie par l'absence d'ulcération, la rémission endoscopique complète par un score CDEIS < 3 ou SES-CD < 3 et la réponse endoscopique par une diminution > 50% du score CDEIS ou SES-CD. La cicatrisation, la rémission et la réponse étaient évaluées de façon centralisée pour chaque segment (iléon, colon droit, colon transverse, colon gauche, rectum).

Résultats

Parmi les 122 patients inclus dans l'essai, 75 patients ayant reçu de l'IFX jusqu'à la semaine 54 et ayant eu les 3 iléocoloscopies ont pu être analysés (durée médiane (intervalle interquartile) d'évolution de la maladie 6 (1-67) mois), représentant 234 segments atteints (iléon n=47, colon droit n=46, colon transverse n=46, colon gauche n=54, rectum n=41) à l'inclusion. Trente-cinq patients ayant interrompu l'IFX au cours de l'étude et 12 patients pour lesquels l'iléocoloscopie de la semaine 12 ou 54 était manquante ont été exclus. Au total, aux semaines 12 et 54, 32 (43%) et 54 (72%) des patients avaient une cicatrisation endoscopique, 54 (72%) et 64 (85%) une rémission endoscopique complète et 63 (84%) et 69 (92%) une réponse endoscopique, respectivement. La sévérité des lésions endoscopiques ne modifiait pas l'évolution de l'endoscopie : les taux de cicatrisation endoscopique aux semaines 12 et 54 des patients présentant des ulcérations profondes à l'inclusion n'étaient pas différents de ceux des patients présentant uniquement des ulcérations superficielles (20/50 (40%)vs.12/25 (48%), p=0,68 et 35/50 (70%)vs.19/25 (76%), respectivement, p=0,79), de même que les taux de rémission endoscopique complète (35/50 (70%) vs.19/25 (76%), p=0,79 et 43/50 (86%) vs.21/25 (84%), respectivement, p=1,00) et les taux de réponse endoscopique (44/50 (88%) vs.19/25 (76%), p=0,32 et 46/50 (92%) vs.23/25 (92%), respectivement, p=1,00). La localisation des lésions endoscopiques avait un impact sur l'évolution endoscopique : la disparition des ulcérations profondes était moins fréquente dans l'iléon que dans le colon aux semaines 12 (18/23 (78%) vs.57/57 (100%), p <0,01) et 54 (20/23 (87%) vs.57/57 (100%), p=0,02). De la même façon, un score CDEIS segmentaire < 3 était moins fréquent dans l'iléon que dans le colon aux semaines 12 et 54 (51% vs.80%, p<0,01 et 70% vs.94%, p<0,01, respectivement). Il n'y avait pas différence en ce qui concerne la disparition des ulcères profonds coliques et rectaux (p=0.17) ni pour ce qui est de la rémission segmentaire entre les lésions coliques et rectales aux semaines 12 et 54 (80% vs.68%, p=0,10 et 94% vs.90%, p=0,42, respectivement).

Discussion

Conclusion

Chez des patients atteints d'une MC naïfs d'anti-TNF traités par IFX en combothérapie pendant 1 an, la sévérité des lésions initiales n'influence pas la cicatrisation à court ou long terme. Les taux de cicatrisation sont moins élevés pour les lésions iléales que pour les lésions coliques.

Remerciements