JFHOD

CO122 - La neurostimulation vagale dans le traitement de la maladie de Crohn : une étude pilote

Bonaz Bruno, Sinniger Valérie, Pellissier Sonia, Hoffmann Dominique, Mathieu Nicolas

Introduction

Le nerf vague (NV) a des propriétés anti-inflammatoires via la voie cholinergique anti-inflammatoire, décrite pour la première fois par le groupe de Tracey en 2000 (1). En effet, l'acétylcholine libérée à l'extrémité du NV inhibe la libération de TNFalpha par les macrophages en interagissant avec les récepteurs alpha7 nicotiniques. Plusieurs études pré-cliniques ont montré par la suite que la stimulation électrique du NV (NSV) améliorait une colite expérimentale. C'est dans ce contexte que nous avons mené une étude pilote de NSV chez des patients avec maladie de Crohn (MC) active. Sont présentés ici les résultats à 6 et 12 mois post-implantation.

Patients et méthodes

Des patients avec MC en poussée légère à modérée ont été inclus. Ces patients étaient sélectionnés sur des critères cliniques (220 5mg/L, (CRP), et calprotectine fécale > 100µg/g, (CF)), et endoscopique (Index endoscopique d'activité, CDEIS). La NSV était réalisée à l'aide d'une électrode implantée chirurgicalement autour du NV cervical gauche, tunnélisée sous la peau et reliée à un neurostimulateur (Cyberonics, Lyon, France) placée dans la région sous-claviculaire gauche. Les paramètres de neurostimulation étaient les suivants : 10 Hz, 500 microsec, 0,5 mA, 30 sec ON, 5 min OFF en cycles continus. Les patients étaient suivis de façon régulière pendant 1 an (CDAI, CRP, CF, CDEIS). Une analyse de la variabilité du rythme cardiaque (HRV: "heart rate variability"), marqueur de l'activité vagale, était réalisée avant la NSV et régulièrement au cours du suivi. En cas d'aggravation, les patients sortaient de l'étude et étaient traités par immunosuppresseurs et/ou anti-TNF ou chirurgie.

Résultats

A ce jour, neuf patients (5 hommes, 4 femmes, âge moyen: 34.3 ans ; extrêmes: 20-51 ) avec MC iléale et/ou colique ont été inclus de façon prospective dans cette étude. Sept patients étaient naïfs de traitement à l'inclusion et deux patients étaient sous azathioprine (AZA). Huit patients sont arrivés au bout de l'étude et un est en cours d'étude (pas de données à 6 et 12 mois). A l'inclusion, tous les patients avaient une MC active (CDAI), huit un score endoscopique supérieur au seuil d'activité (CDEIS) et sept avaient une CRP et/ou une CF anormales. Huit patients avaient un déséquilibre de la balance sympatho-vagale. A 6 mois post-implantation, 6 patients étaient en rémission clinique, biologique et endoscopique. Devant la persistance de l'activité de leur maladie, deux patients étaient sortis de l'étude à 3 mois post-implantation et traités par anti-TNF + AZA ou chirurgicalement. Ces deux patients sont, à ce jour, toujours sous NSV (implantés en 2012). La NSV a été bien supportée chez nos 9 patients. A 6 mois, la balance sympatho-vagale des 6 patients stimulés avait atteint l'équilibre homéostasique (hors patients exclus et patient en cours d'étude). A 12 mois post-implantation, tous les patients implantés étaient encore sous NSV. Sept patients n'avaient pas d'autre traitement que la NSV (dont un patient exclus ayant eu une chirurgie). Les six patients ayant fini l'étude étaient en rémission clinique et endoscopique. Les valeurs biologiques moyennes (CRP et CF) étaient sous le seuil d'activité de la maladie et la balance sympatho-vagale normalisée.

Conclusion

La NSV, appliquée pour la première fois dans le traitement de la maladie de Crohn, nous apparait comme une alternative thérapeutique intéressante au traitement médicamenteux conventionnel, pour des patients avec MC légère à modérée. Cette technique, très bien tolérée, utilise une voie cholinergique anti-TNF physiologique et permet de se prémunir des problèmes d'observance classiquement rencontrés chez les patients avec MICI. Il est enfin à noter que la NSV a aussi été utilisée pour la première fois dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde (2).

Remerciements, financements, autres

Financement : AAP translationnel INSERM-DGOS

Références

1 : Borovikova, Nature, 2000. 2 : Koopman, Proc Natl Acad Sci U S A, 2016.