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C.011 - La performance des tests non-invasifs de fibrose est-elle différente entre les patients diabétiques et non-diabétiques ? Une analyse de 1 051 patients NAFLD avec biopsie hépatique

J. Boursier, C. Canivet, C. Costentin, A. Lannes, A. Delamarre, N. Sturm, F. Oberti, M.N. Hilleret, M. Irles Depe, I. Fouchard-Hubert, P. Hermabessiere, J. Barthelon, V. de Lédinghen, M. Roux

Introduction

Le diabète de type deux (DT2) est un prédicteur indépendant de fibrose hépatique non seulement dans la NAFLD mais également en population générale. Certaines sociétés savantes (AFEF, EASL, ADA) recommandent donc le dépistage de la fibrose hépatique avancée chez les patients DT2. Néanmoins, certains travaux suggèrent que la performance des tests non-invasifs de fibrose (TNIF) serait diminuée chez ces patients. Notre objectif était de comparer la performance diagnostique de six TNIF entre les patients DT2 et non-DT2 d’une large cohorte multicentrique de patients NAFLD, d’expliquer les différences de performance observées, et d’adapter en conséquence les algorithmes pour la pratique clinique.

Patients et Methodes

1051 patients NAFLD avec biopsie hépatique ont été inclus dans trois centres français. Six TNIF étaient disponibles pour tous les patients : NAFLD fibrosis score, FIB4, Fibrotest, FibroMètreV2G, Fibroscan, FibroMètreVCTE. Le DT2 était défini par une glycémie à jeûn ≥7 mmol/l ou la prise d’un traitement antidiabétique. Le critère de jugement était la présence d’une fibrose hépatique avancée sur la biopsie hépatique, définie par un stade de fibrose F≥3 selon la classification du NASH CRN.

Résultats

523 patients avaient un DT2 (prévalence F≥3 : 55,1%) et 528 patients étaient non-DT2 (prévalence F≥3 : 24,1%). Les AUROC des TNIF chez les patients DT2 étaient significativement plus basses que chez les patients non-DT2. Cette différence était expliquée par une moins bonne spécificité des TNIF chez les patients DT2, la sensibilité restant similaire entre les deux groupes. Analyse de la sensibilité – Le taux de faux-négatifs (patients F≥3 « manqués ») était deux fois plus important chez les patients DT2 comparé aux non-DT2 (même sensibilité mais double de prévalence chez les patients DT2). Analyse de la spécificité – Les résultats faux-positifs des TNIF étaient principalement liés aux variables suivantes : âge pour le FIB4 ; âge, alpha2-macroglobuline, et haptoglobine pour le Fibrotest ; âge et alpha2-macroglobuline  pour le FibroMètreV2G ; âge, alpha2-macroglobuline, et élasticité hépatique pour le FibroMètreVCTE. La moins bonne spécificité observée chez les patients DT2 était donc en partie liée aux différences de caractéristiques des populations DT2 et non-DT2 (âge significativement différent entre patients DT2 et non-DT2), mais également probablement par un « effet diabète » (augmentation de l’alpha2-macroglobuline chez les patients DT2, PMID 31506491, 6154066). Algorithmes pour la pratique clinique – L’algorithme séquentiel associant FIB4 puis Fibroscan était très performant chez les patients non-DT2 (taux de faux-négatifs : 6,4% ; taux de faux-positifs : 3,2%). Pour maintenir de bonnes performances chez les patients DT2, il était nécessaire d’associer le FibroMètreV2G ou le Fibroscan en première ligne, suivi du FibroMètreVCTE (taux de faux-négatifs : 7,8%/8,3% ; taux de faux-positifs : 7,6%/7,1%).

Discussion

Conclusion

Les TNIF ont une sensibilité similaire mais une moins bonne spécificité pour la fibrose hépatique avancée chez les patients DT2. La diminution de la spécificité est en partie expliquée par les caractéristiques différentes des populations comparées, mais également par un probable effet propre du diabète. Le dépistage de la fibrose hépatique avancée chez les patients diabétiques nécessite d’emblée des tests spécialisés.

Remerciements