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CO.111 - La réserve péristaltique œsophagienne, évaluée par le test des déglutitions rapides répétées en manométrie de haute résolution, peut-elle prédire la dysphagie après chirurgie anti-reflux ?

E. Becam, G. Fotsing

Introduction

Après chirurgie anti-reflux, la dysphagie survient dans environ 20% des cas. La manométrie pré-opératoire ne permet pas de prédire la survenue et la sévérité de la dysphagie post opératoire. Une étude a suggéré qu’une faible réserve péristaltique évaluée par le test des déglutitions rapides répétées (D2R) pourrait être associée à une dysphagie après fundoplicature (1). Le but de ce travail était de confirmer que l’évaluation de la réserve péristaltique par D2R permettrait bien de prédire la survenue de dysphagie après chirurgie anti-reflux.

Patients et Methodes

De mars 2015 à avril 2018, nous avons analysé la réserve péristaltique par le test de D2R chez tous les patients adressés dans notre centre pour une manométrie haute résolution (MHR) dans le cadre d’un bilan avant chirurgie anti-reflux. La contraction observée après D2R a été caractérisée en mesurant sa vigueur à l’aide de l’intégrale de contraction distale (ICD) et en la comparant à l’ICD médiane des contractions observées après les déglutitions de 5 ml réalisés lors du protocole de manométrie standard. Le ratio ICDpostD2R/ICD médian des déglutitions standards a ensuite été calculé. Un ratio <0,85 était défini comme une absence de réserve péristaltique(1). Lors de consultations de suivi et lors d’un entretien téléphonique réalisé en juin 2018, ont été recueillis le type de chirurgie réalisé, la survenue d’éventuelles complications et notamment la survenue d’une dysphagie postopératoire, précoce (dans les six premières semaines post-opératoires) et/ou tardive (au-delà).  Les données qualitatives sont présentées en pourcentage et les données quantitatives en moyenne ± écart type et comparées à l’aide du test du test du Chi-2 ou de Student.

Résultats

48 patients (âge moyen49 ± 14 ans, 53% de femmes, IMC moyen =28 ± 5 kg/m2) ayant eu une chirurgie anti-reflux ont eu une MHR pré-opératoire dans notre centre. La manométrie préopératoire était normale pour 39 patients (81%), 5 avaient un syndrome de motricité inefficace et 2 un aspect de spasmes œsophagiens selon la classification de Chicago. La majorité des interventions chirurgicales anti-reflux ont été réalisées dans un seul centre selon la technique de Nissen (94%). 37 patients (77%) avaient une contraction présente après le test D2R et l’ICD post-D2R moyenne était de 1 410± 1 807mmHg.s.cm. Le ratio moyen ICD post D2R / ICD médian des déglutitions standards était de 0,93 ± 0,84. Vingt patients (41,6%) avaient un rapport supérieur à 1 et 24 (50%) un rapport inférieur à 0,85. Vingt-trois patients (49%) ont présenté une dysphagie précoce et 12 d’entre eux (28,6%) une dysphagie tardive persistante. Il n’y avait aucune dysphagie tardive de novo. L’existence d’une réserve péristaltique était aussi fréquente chez les patients présentant une dysphagie que chez ceux n’ayant pas de dysphagie (Tableau 1). Il n’a pas non plus été mis en évidence de différence significative entre les patients ayant une dysphagie uniquement précoce et ceux ayant une dysphagie précoce et tardive.  

 

Tableau 1 Paramètres de la réserve péristaltique en fonction de la dysphagie post-opératoire

 

Pas de dysphagie

N=23

Présence d’une dysphagie précoce

N=23

p

ICD D2R (mmHg.s.cm)

658

(0 - 1 416)

1126

(371 - 1 869)

0,46

Rapport ICD D2R/ ICD médian des déglutitions standards

0,86

(0,00 - 1,52)

0,95

(0,24 - 1,57)

0,72

Rapport < 1

12 (52%)

13 (57%)

0,76

Rapport < 0,85

11 (48%)

11 (48%)

1,00

Discussion

Conclusion

Ce travail rétrospectif n’a pas permis de confirmer le rôle prédictif de la réserve péristaltique évaluée lors de la MHR préopératoire pour la survenue de dysphagie post chirurgie anti-reflux.  Une étude prospective observationnelle sera prochainement débutée pour déterminer si un changement de seuil du ratio permettant d’évaluer la réserve péristaltique (ICD post D2R/ICD médian) permettrait d’utiliser la réserve péristaltique pour estimer le risque de survenue de dysphagie post chirurgie anti-reflux.

Remerciements