JFHOD

CO.010 - La survenue d’une pneumopathie est un élément pronostique majeur au cours de l’hépatite alcoolique sévère traitée par corticoïdes : étude monocentrique prospective

L.C. Ntandja Wandji, E. Lemaître, M. Khaldi, M. Ningarhari, J. Lollivier, G. Lassailly, S. Dharancy, P. Mathurin, A. Louvet

Introduction

Le risque infectieux est élevé chez les patients ayant une hépatite alcoolique (HA) sévère (1, 2) traitée par corticoïdes avec notamment une survenue fréquente de pneumopathies (1, 3). Le développement d’une infection semble associé à une moins bonne survie. Toutefois, le risque pronostique de la présence d’une pneumopathie n’a pas été analysé de manière spécifique dans une cohorte dédiée. Le but de ce travail était d’évaluer l’impact de la survenue d’une pneumopathie avant, pendant et après le début de la corticothérapie (en comparaison aux autres infections couramment observées) sur la survie à 2 mois des patients ayant une HA sévère traitée par corticoïdes.

Patients et Methodes

Tous les patients admis dans notre unité pour HA sévère (score de Maddrey ≥ 32) entre 2002 et 2020 ont été inclus prospectivement, avec un bilan infectieux large et systématique à l’admission. Ce bilan a été renouvelé en cas de suspicion d’infection lors du suivi. Une corticothérapie orale était débutée en l’absence de contre-indications notamment infectieuses, la réponse thérapeutique était définie par le score de Lille calculé au septième jour.

Résultats

613 patients ont été inclus, parmi lesquels 202 (32,9%) avaient une infection à l’admission dont 73 pneumopathies (4 pneumocystoses). En analyse multivariée, la présence d’une encéphalopathie (OR 1,64, IC 95% 1,05-2,57, p=0,03), le score MELD (OR 1,09, IC 95% 1,04-1,15, p=0,0003) et un tabagisme actif ou ancien (OR 3,77, IC 95% 1,69-8,4, p=0,001) étaient associés indépendamment au risque de présenter une pneumopathie à l’admission (p respectifs < 0,001). Dans une autre analyse multivariée, la présence d’une encéphalopathie (OR=2,22 ; IC 95% 1,32-3,73, p=0,003), le score MELD (OR=1,05 ; IC 95% 0,996-1,11, p=0.007) et surtout la survenue d’une infection pulmonaire (en comparaison aux autres infections) (OR=63,25 ; IC 95% 17,85-224,08, p< 0.0001) étaient associés au risque de décès avant instauration des corticoïdes. En effet, la survie 1 mois après l’admission était plus basse (p<0,0001) en cas de pneumopathie à l’admission (52,9±5,9%) en comparaison de celle observée chez les patients ayant présenté une autre infection (78±3,7%) et ceux indemnes de phénomène infectieux (87,1±1,7%). La probabilité de recevoir des corticoïdes en cas de pneumopathie à l’admission (54.8%) était plus faible que celle observée chez les patients infectés d’un autre site (88,4%) et ceux indemnes d’infection (98,1%) (p<0,001). Parmi les 557 patients ayant bénéficié d’une corticothérapie, 145 ont développé par la suite une infection dont 56 (38,6%) une pneumopathie (13 pneumocystoses). Le risque de développer une pneumopathie était plus élevé chez les non-répondeurs aux corticoïdes (score de Lille≥0,45) que chez les répondeurs : 13% contre 7,6%, p=0,03. Le risque de développer une autre infection était également plus élevé : 27,9% contre 10,6%, p<0,001. Les patients ayant développé une pneumopathie après corticoïdes avaient une survie à 2 mois de 48,6 ±7% contre 78,1±2,1 chez les patients non infectés (p<0,0001) et la pneumopathie était associée indépendamment à la survie à 2 mois (RR=1,76 ; IC95% 1,05-2,96, p<0,0001) tout comme la non-réponse aux corticoïdes (RR :10,41 ; IC95% 5,33-20,33, p<0,00001) et le score MELD au début du traitement (RR=1,096 ; IC95% 0,53-1,14, p<0,0001). La survie des patients ayant présenté une pneumocystose après corticoïdes n’était pas différente de celle observée chez ceux ayant présenté une pneumopathie à un autre germe (p=0,57). L’infection hors pneumopathie n’était pas un facteur prédictif indépendant de mortalité à 2 mois (RR : 1,11 ; IC95% 0,680-1,81, p=0,67).

Discussion

Conclusion

La survenue d’une infection pulmonaire chez les patients ayant une hépatite alcoolique sévère est fréquente et est un déterminant indépendant de mortalité à l’admission du patient et après instauration des corticoïdes. Ceci souligne l’importance de diagnostiquer et traiter rapidement les événements infectieux pulmonaires et pose la question d’une évaluation systématique par TDM thoracique avant et après traitement.

Remerciements