JFHOD

P446 - L’acrylamide, un contaminant alimentaire impliqué dans l’inflammation intestinale

Vignal Cécile, Grossin Nicolas, Djouina Madjid, Desreumaux Pierre, Boulanger Eric, Body-Malapel Mathilde

Introduction

L'environnement joue un rôle crucial dans le développement des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI). L'augmentation de l'incidence des MICI dans les années 50 en Europe et aux Etats Unis et depuis une dizaine d'années dans les pays en émergence coïncide avec la modification des comportements alimentaires et en particulier, la consommation d'aliments raffinés. L'acrylamide est un composé chimique classé en tant que carcinogène probable chez l'homme, produit lors de la cuisson (>120°C, micro-ondes, grill) des aliments riches en carbohydrates. L'alimentatioin occidentale (via les chips, pizza, frites, viennoiseries… ) apporte d'importantes quantités d'acrylamide dont le rôle sur l'inflammation intestinale reste inconnu. Le but de notre étude était de déterminer les effets de la consommation d'acrylamide sur l'homéostasie intestinale chez la souris.

Matériels et Méthodes

Des souris de fond génétique C57bl6 ont reçu des doses croissantes d'acrylamide dans leur eau de boisson (25 ; 50 et 100µg/kg de poids corporel/jour) pendant 9 mois, les souris contrôle recevant de l'eau uniquement. Au sacrifice, le colon a été prélevé à la recherche d'anomalies macroscopiques, histologiques (architecturales) et de profils biologiques reflétant une altération de la barrière intestinale (Muc2), de la réponse inflammatoire (espèces réactives de l'oxygène) ou immunitaire (cytokines Th1, Th2 et Th17).

Résultats

Aucune lésion macroscopique intestinale n'était retrouvée chez les animaux recevant de l'acrylamide. En revanche, la supplémentation en acrylamide, quelle que soit la dose, entrainait des anomalies architecturales du colon et une modification de la barrière intestinale par rapport aux souris contrôle, avec une augmentation de la profondeur des cryptes (148µm pour les contrôles, 215µm pour la dose 25µg, et 211µm pour la dose 50µg, p = 0.0317), une augmentation du nombre de cellules en gobelet par crypte (respectivement x3 pour les doses 25µg et 50µg, et x2 pour la dose 100µg, p = 0,0195) et une induction de l'expression de la mucine Muc2 (+75% pour la dose 100µg, p = 0 .04). Les différents régimes en acrylamide étaient également associés à une inflammation biologique et moléculaire avec une augmentation significative du nombre de polynucléaires neutrophiles coliques (+48%, p = 0.03 pour la dose 50µg, et +50%, p = 0.04 pour la dose 100µg pour l'activité myeloperoxidase) et l'induction d'un stress oxydant (+103% à 50µg, p = 0.03 et +52% à 100µg, p = 0.009 pour l'expression de iNOS, et +32% à 25µg, p = 0.04 et +37% à 100µg, p = 0.009 pour l'expression de la NADPH oxydase). La réponse immunitaire était également perturbée chez les souris sous acrylamide par rapport aux souris contrôle avec une augmentation de l'expression des cytokines Th1 (+57% pour la dose 50µg, p = 0.02, pour le TNF et +477%, p = 0.009, +443%, p = 0.01, et +408%, p = 0.009, pour les doses 25µg, 50µg et 100µg respectivement pour l'IFNg), Th2 (+291%, p = 0.02, +81%, p = 0.03, et +82%, p = 0.03 pour les doses 25µg, 50µg et 100µg respectivement pour l'IL-4) et une diminution des cytokines Th17 (-24% par rapport aux souris contrôles pour la dose 100µg, p = 0.02 pour l'IL17f).

Conclusion

L'acrylamide à faible dose perturbe l'homéostasie intestinale en induisant des modifications de l'architecture et de la barrière colique, une inflammation biologique, et des modifications de la réponse immunitaire muqueuse. De nouvelles études sont nécessaires pour évaluer le rôle de l'acrylamide au cours des MICI.