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CO.090 - L’âge du receveur influence les résultats de la transplantation hépatique à court et à long terme : analyse de la cohorte française de patients transplantés entre 2007 et 2017

L. Lerosey, K. Elea, A. Michal, C. Antoine, T. Mouillot, S. Dharancy, A. Minello, L. Granconato, C. Binquet, M. Latournerie

Introduction

Les progrès en transplantation hépatique et les changements épidémiologiques récents ont conduit à une augmentation du nombre de receveurs âgés de plus de 65 ans. Dans un contexte de pénurie d’organes, l’objectif de notre étude était d’étudier l’impact de l’âge des receveurs sur la survie à court, moyen et long terme après une transplantation hépatique (TH). 

Matériels et méthodes

Tous les patients majeurs, transplantés pour la première fois entre 2007 et 2017, et enregistrés dans la base nationale de l’Agence de Biomédecine ont été inclus.

La survie a été étudiée par un modèle de Cox standard puis par des modèles flexibles de survie observée pour tenir compte des effets dépendants du temps et/ou non log-linéaires. Une analyse de survie nette a ensuite permis de prendre en compte la mortalité attendue pour des personnes de même âge et même sexe dans la population française générale. 

Résultats

Au total, 7610 patients ont été inclus avec un âge moyen à la greffe de 55 ans [18-78 ans]. Selon l’âge du receveur, les indications de transplantations différaient avec notamment moins de cirrhose d’origine alcoolique chez les receveurs plus âgés (44 % chez les receveurs de plus de 70 ans vs 60 % chez les receveurs entre 50 et 60 ans) et plus souvent la présence d’un carcinome hépatocellulaire (58% chez les plus de 70 ans vs 40% chez les receveurs entre 50 et 60 ans. Plus les receveurs étaient âgés, meilleure était leur fonction hépatique avec notamment un score MELD à la greffe moins élevé (15.9 chez les plus de 70 ans vs 22.5 chez les receveurs entre 35 et 50ans), et moindre était leur gravité avec notamment moins de patients hospitalisés (80% des receveurs de plus de 70 ans étaient à domicile au moment de la TH  vs 62% des 35-50 ans) et moins de ventilation mécanique (3% chez les plus de 70 ans vs 11% chez les 35-50 ans).  

L’analyse de survie observée a montré que l’âge du receveur était significativement associé à une augmentation du risque de mortalité dans les 5 ans suivant la transplantation avec, pour une augmentation de 10 ans d’âge du receveur, une augmentation de 15 % du risque de mortalité à 5 ans (HR = 1.15; IC-99.9% = 1.13-1.16).

L’analyse flexible a mis en évidence un effet dépendant du temps de l’âge du receveur sur la mortalité, avec un risque surtout marqué dans la 1ère année post-TH et diminuant ensuite avec le temps.

L’analyse de survie nette a permis de confirmer cet excès de risque de mortalité, s’atténuant avec le temps mais persistant à 10 ans post-TH avec une différence absolue de 8% de survie nette entre les receveurs de 28 et 71 ans, malgré la prise en compte de la mortalité attendue par sexe liée à l’avancée en âge.

Discussion

Conclusion

Malgré un effort manifeste de sélection des candidats âgés, l’âge du receveur était associé à une augmentation du risque de décès, particulièrement marquée dans la première année suivant la transplantation. Cet effet diminuait ensuite avec le temps mais restait présent à 5 et 10 ans de la greffe, y compris après prise en compte de la mortalité attendue par âge et par sexe dans la population française. Ces résultats suggèrent que la sélection des sujets âgés doit être renforcée. Des études complémentaires sont nécessaires pour déterminer s’il existe des critères, qui, associés à l’âge, rendraient la TH trop risquée.

Remerciements

Nous remercions la SNFGE pour l’attribution de la bourse MAGHE pour ce projet de recherche réalisé dans le cadre d’un master 2.