JFHOD

CO.71 - L’amélioration des fonctions cognitives des malades cirrhotiques avec consommation excessive d'alcool est possible

P. Perney, R. Alarcon, B. Nalpas, H. Donnadieu-Rigole, S. Pelletier

Introduction

L’encéphalopathie hépatique (EH) chronique est une complication neuropsychiatrique qui peut associer des troubles moteurs, comportementaux et des dysfonctions cognitives. Lorsqu’il s’agit d’une cirrhose alcoolique, ou d’origine mixte avec consommation excessive d’alcool, les troubles neuropsychiatriques de l’EH pourraient être aggravés. En effet, l’alcoolisation excessive est fréquemment responsable, per se, de troubles cognitifs concernant l’attention, la mémoire épisodique et les fonctions exécutives. Chez les patients consommateurs excessifs d’alcool sans atteinte hépatique, l’arrêt de l’alcool et un programme de remédiation cognitive permet l’amélioration significative de l’ensemble de ces troubles. Par contre, la capacité de réponse de patients ayant une cirrhose, et donc potentiellement une EH, n’est pas connue.

L’objectif de cette étude était donc de comparer la fréquence et l’intensité des troubles cognitifs chez des malades consommateurs excessifs d’alcool avec ou sans cirrhose, lors de l’admission et après un séjour hospitalier de 6 semaines associant une abstinence totale et un programme de remédiation cognitive.

Patients et Methodes

Il s’agit d’une étude rétrospective menée dans un centre de réhabilitation addictologique. Les critères d’inclusion étaient : admission pour un trouble de l’usage de l’alcool ; statut hépatologique (cirrhose ou absence de cirrhose) disponible lors de l’admission ; évaluation des fonctions cognitives par le Montréal Cognitive Assessment test (MoCA) effectuée à l’admission et à la sortie. Les critères d’exclusion étaient l’existence d’une pathologie neurologique ou psychiatrique modifiant la cognition.

Le MoCA est un test qui évalue 8 fonctions cognitives : fonctions exécutive/visuo-spatiale, dénomination, mémoire immédiate, mémoire retardée, attention, langage, abstraction, orientation. Durant le séjour, les patients avaient une abstinence contrôlée et bénéficiaient d’un programme de remédiation cognitive. Ce programme correspondait à des ateliers permettant de travailler spécifiquement les fonctions cognitives touchées, en particulier les fonctions exécutives, visuo-spatiale et la mémoire.

Résultats

427 patients ont été inclus, 67 avec cirrhose (AC) dont 47 Child A et 20 Child B/C, et 360 sans cirrhose (SC). Pour les groupes AC et SC, le sexe ratio était de 82 % et 70 % et l’âge moyen de 53,6 versus 49,6 ans. Les scores moyens MoCA à l’admission n’étaient pas différents entre les cirrhoses Child A vs B/C, ni entre les groupes AC (21,6 ± 3,4) et SC (22,1 ± 3,6). A la sortie, les scores étaient significativement (p=0,01) améliorés dans les deux groupes, AC (23,7 ± 3,7) et SC (24,9 ± 3,2). Toutefois, le gain était discrètement mais significativement (p=0,04) moins important dans le groupe AC (2,1 ± 2,9) que SC (2,9 ± 2,8). L’amélioration cognitive était moins importante chez les patients Child B/C vs Child A, même si la différence entre ces deux groupes n’était pas significative (1,9±2,2 vs 2,4±2,7). Le pourcentage de patients avec MoCA normal était similaire à l’admission dans les groupes AC et SC (9,0 vs 14,7%, NS) mais était significativement moins élevé dans le groupe AC à la sortie (32,8% vs 50,8%, p=0,007).

Aucun facteur autre que la cirrhose (âge, sexe, niveau d’étude, consommation moyenne d’alcool, âge de début des problèmes d’alcool, co-consommation d’autre drogue, IMC, statut familial, statut professionnel) n’expliquait la récupération plus modeste dans le groupe AC.

Discussion

Conclusion

L’arrêt de l’alcool et un programme de remédiation cognitive pendant 6 semaines permet, chez des malades avec une cirrhose, une amélioration significative des fonctions cognitives. Cette amélioration est moins importante que chez des patients sans cirrhose, ce qui pourrait traduire l’impact d’une EH. Ces résultats suggèrent qu’une prise en charge alcoologique spécifique doit systématiquement être évoquée en cas d’EH.

Remerciements