JFHOD

CO.149 - L’augmentation de la souche cytolytique d’Enterococcus faecalis au sein du microbiote intestinal des buveurs excessifs est associée aux complications gastro-intestinales

C. Perrin, V. Rebours, N. Trainel, C. Hugot, C. Voican, G. Perlemuter, A.M. Cassard-Doulcier, D. Ciocan

Introduction

Une consommation excessive et chronique d'alcool peut provoquer plusieurs complications digestives graves dont la pancréatite alcoolique chronique (PA) et l'hépatite alcoolique (HA). Le rôle du microbiote intestinal dans le développement de ces deux pathologies a déjà été démontré. Parmi les modifications du microbiote intestinal dans la pancréatite alcoolique, on note une augmentation d’Enterococcus. Récemment, il a été montré que certains Enterococci produisent une toxine bactérienne, la cytolysine, qui est un facteur causal dans la maladie alcoolique du foie (MAF). Cibler l’elimination des souches de E. faecalis productrices de cytolysine par des phages specifiques a permis de diminuer les lesions hepatiques liees a l’alcool chez des souris humanisees. Toutefois, on ne sait pas si cette augmentation de la souche cytolytique d’E. Faecalis est spécifique des patients présentant une HA ou si elle peut aussi se retrouver chez des patients présentant d’autres complications liées à l’alcool. Ainsi, le but de notre étude était de déterminer si les patients atteints de PA présentaient également une augmentation de la souche cytolytique d’E. Faecalis et de comparer leur profil à celui des patients atteints d’HA.

Matériels et méthodes

Nous avons inclus 3 groupes de patients : les patients atteints d’hépatite alcoolique aigue sans PA, ceux atteints de PA sans HA et un groupe de témoins sains (HC). L’ADN bactérien a été extrait des fécès des patients et les ADN ont été amplifiés par PCR quantitatives. Trois gènes ont été amplifiés : 16s bactérien total, E. faecalis 16S et la cytolysine (cylLL).

Résultats

La répartition des patients selon les groupes était : PA n=24, HA n=27 et HC n=28. Il y avait significativement plus de E. faecalis dans le groupe PA que dans le groupe HC (p<0,0001) et que dans le groupe HA (p=0,0004). Il n’y avait pas de différence en terme de quantité d’E. faecalis entre les patients HA et les HC. L’ADN de E. faecalis était détecté chez 96% (23/24) des patients atteints d’HA vs 89% (25/28) du groupe HC (p>0,05) et 85% (23/27) du groupe HA (p>0,05). La cytolysine était retrouvée plus fréquemment dans les selles des patients atteints de PA (23/24, 96%) que chez les HC (11/28, 39%, p<0,001) et que chez les patients atteints de HA (13/27, 48%, p<0,001). De plus, l’abondance relative de la souche cytolytique d’E. faecalis productrice de cytolysine était significativement augmentée dans les groupes des patients PA et HA (p=0,0006 et p=0,0067) mais pas chez les HC. Enfin, dans le groupe PA, la présence de la cytolysine n’était pas corrélée à des facteurs de sévérité de la pancréatite, ni biologiques (inflammation, albumine) ni radiologiques (nécrose, inflammation).

Discussion

Conclusion

En conclusion, la souche d’E. faecalis productrice de cytolysine est augmentée dans la pancréatite alcoolique chronique. Nous confirmons également, dans notre cohorte française indépendante, que les patients atteints d’HA sans complication pancréatique présentent une augmentation de la quantité de la souche E. faecalis productrice de cytolysine. Nos résultats suggèrent que l’augmentation de cette souche est liée plutôt à la consommation excessive d’alcool qu’à la maladie sous-jacente. Des études complémentaires sont nécessaires pour démontrer le rôle causal de la toxine au cours de la pancréatite alcoolique chronique, qui pourrait également bénéficier, comme dans la MAF, d’une nouvelle stratégie thérapeutique basée sur l’utilisation de phages spécifiques ciblant la souche d’ E. faecalis productrice de cytolysine.

Remerciements