JFHOD

C.108 - Le dépistage du CHC au stade précoce par IRM est coût-efficace chez les patients cirrhotiques à haut risque

P. Nahon, N. Ganne-Carrié, S. Pol, G. Nkontchou, F. Carrat, E. Audureau, I. Durand-Zaleski

Introduction

La surveillance renforcée du carcinome hépatocellulaire (CHC) chez les patients avec cirrhose à l'aide de l'imagerie par résonance magnétique (IRM) pourrait augmenter la détection précoce des tumeurs, les taux d’implémentation de traitements curateurs et la survie. Néanmoins, sa mise en œuvre pourrait n'être coût-efficace que chez les patients présentant un risque annuel élevé. Le but de cette étude était d'estimer la proportion de patients avec cirrhose non virale ou virologiquement guérie/contrôlée ayant un risque annuel de CHC>3% en France ainsi que de déterminer le rapport coût-efficacité de l'IRM pour la détection du CHC unique <2cm (BCLC 0) dans cette population.

Patients et Methodes

Les patients français atteints de cirrhose compensée inclus dans quatre cohortes prospectives multicentriques ont été considérés (ANRS CirVir et Hepather, CIRRAL et CHC 2000). Un score a été construit pour identifier la proportion de patients avec un risque annuel>3 % en tenant compte des risques compétitifs de mortalité. Dans cette population, nous avons utilisé un modèle de Markov développé en France et déjà publié (1) développé pour prédire la survie d'une cohorte de 10 000 patients âgés de 50 ans, dont 65 % d'hommes, atteints de cirrhose compensée. L'évaluation économique a estimé les coûts et les années de vie (LY) gagnés avec la surveillance par IRM par rapport à l'échographie sur une période de 20 ans avec les coûts français. Le rapport coût-efficacité (ICER) a été calculé en divisant les coûts différentiels entre les deux techniques par les LY différentiels. Dans le groupe dépisté par IRM, nous avons ajouté le coût de deux IRM supplémentaires chaque année. Les coûts des traitements curatifs du CHC (ablation par radiofréquence, résection, transplantation) ont été estimés à partir de la base de données nationale hospitalière.

Résultats

Parmi les 4973 patients considérés dans les 4 cohortes/essai, 2513 patients avaient une cirrhose non virale (n=840) et/ou étaient guéris du VHC (n=1489) ou contrôlés pour le VHB (n=184). Au cours d’un un suivi de 37 mois, 206 CHC étaient détectés. Appliqué à une cohorte test (n=1658) puis de validation (n=855), la construction d'un score de 16 points englobant les prédicteurs du CHC (sexe masculin, âge avancé, numération plaquettaire, taux de bilirubine et taux de GGT/AFP) a identifié 33,4% et 37,5% des patients avec un risque annuel de CHC>3% (C-index à 3 ans 75 et 76 respectivement, Figure 1A and 1B). Les analyses médico-économiques ont révélé que pour une incidence annuelle de 3% par an, 14 % de tous les cancers détectés par échographie étaient à un stade BCLC 0, vs 63 % dans le groupe de surveillance par IRM. Les patients du groupe de surveillance par IRM gagnaient 13,8 LY, tandis que ceux du groupe de surveillance par échographie gagnaient 13,4 LY, résultant en une différence de 0,4 LY sur un horizon de 20 ans. Les coûts totaux actualisés par patient étaient de 105 271 € et 99 464 € pour les groupes de surveillance IRM et echographie, respectivement. La différence de 5 807 € permettait le calcul d’un ICER de 14 624/LY. L'analyse de sensibilité a confirmé l'impact de l'incidence du CHC sur les coûts (Figure 2). Avec une disposition à payer de 50 000€/an, le dépistage par IRM a une probabilité de 100 % d'être rentable en France.

Discussion

Conclusion

A l'ère de l'éradication du VHC/contrôle du VHB, les patients avec un risque annuel de CHC >3% représentent un tiers des patients français cirrhotiques. L'IRM est coût-efficace dans cette population et pourrait favoriser la détection précoce du CHC, l’implémentation de traitements curateurs et augmenter leur survie. Cette hypothèse sera testée dans l’essai randomisé français FASTRAK financé par le PRME.

Remerciements

ANRS CirVir et Hepather, CIRRAL, CHC 2000