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CO.41 - Le dosage répété de calprotectine fécale dans les 3 premiers mois suivant une résection intestinale permet de prédire la survenue d’une RPO endoscopique à 6 mois chez les patients atteints de maladie de Crohn

M. Boube, D. Laharie, S. Nancey, X. Hébuterne, M. Fumery, B. Pariente, X. Roblin, L. Peyrin-Biroulet, M. Reymond, C. Allimant, E. Vazeille, D. Coban, M. Goutte, R. Minet-Quinard, B. Pereira, G. Bommelaer, A. Buisson

Introduction

La chirurgie ne permettant pas un traitement curatif de la maladie de Crohn (MC), la prévention de la récidive post-opératoire (RPO) reste un enjeu majeur puisque que le taux de RPO endoscopique l’année suivant la chirurgie atteint environ 75 % des patients suivis dans les centres de référence. Il est actuellement recommandé de réaliser une coloscopie à 6 mois post-opératoire et d’intensifier le traitement en cas de RPO endoscopique précoce. Le choix du traitement à débuter immédiatement après la chirurgie, afin de prévenir cette RPO endoscopique à 6 mois, reste difficile, puisque les facteurs de risque identifiés à ce jour sont d’une efficacité limitée. Dans ce contexte, l’utilisation précoce du dosage de la calprotectine fécale pourrait s’avérer précieux.

Le but de notre étude était donc d’étudier les performances du dosage répété de la calprotectine fécale dans les 3 premiers mois post-opératoires pour prédire une RPO endoscopique à 6 mois.

Patients et Methodes

A partir d’un essai contrôlé randomisé multicentrique (8 centres), nous avons réalisé une étude ancillaire prospective. Tous les patients atteints de MC ayant eu une résection intestinale ou un rétablissement de continuité dans les 15 jours (avec anastomose atteignable en endoscopie) ont été inclus consécutivement entre novembre 2014 et septembre 2017. Tous les patients étaient traités par azathioprine 2,5 mg/kg/jour associés à soit du placebo, soit 3 g/jour de curcumine par voie orale. Des prélèvements de selles ont été réalisés avant de démarrer le traitement (M0), à 1 mois (M1) et à M3. Le dosage de calprotectine fécale a été réalisé par des tests quantitatifs immunologiques en aveugle des données cliniques et endoscopiques. Tous les patients ont réalisé une coloscopie à M6 afin d’évaluer la présence d’une RPO endoscopique définie comme un indice de Rutgeerts ≥ i2b (lecture centralisée).  

Des analyses statistiques univariées puis multivariées (incluant les facteurs de risque connus de RPO) ont été réalisées en prenant en compte, le cas échéant, le caractère répété des données. Les seuils ont été définis à l’aide de courbes ROC et des indices usuels (Liu, Youden) en fonction de la pertinence clinique.

Résultats

Au total, 48 patients ont été inclus dans notre étude (âge moyen de 35,3 ± 11,5 ans, durée d’évolution de la MC de 5,0 ans [1,0-10,0], 60,4 % de femmes, 33,0 % de fumeurs, 6,3 % de lésions ano-périnéales, 45,8 % de formes sténosantes, 35,4 % de formes fistulisantes, 47,9 % de patients avec antécédent de résection intestinale, 20,8 % de naïfs d’anti-TNF et taille moyenne de résection iléale de 20,5 [13,3-30,0] cm). Le taux de RPO endoscopique à 6 mois était de 36,0 %. Le niveau médian de calprotectine fécale était de 112 [81-298] µg/g, 100 [50-139] µg/g et 100 [58-192] µg/g à M0, M1 et M3, respectivement. Les taux médians de calprotectine fécale n’étaient pas significativement différents entre les patients avec et sans RPO endoscopique, respectivement, à M0 (100 [50-190] vs 166 [89-312] µg/g; p=0,15), M1 (93 [48-104] vs 100 [50-180] µg/g; p=0,44) et M3 (100 [68-328] vs 99 [50-100] µg/g; p=0,28). En revanche, la cinétique des valeurs de calprotectine fécale était significativement différente entre les patients avec et sans RPO (p=0,021). Les variations relatives de calprotectine fécale entre M1 et M0 (0% [- 63% ; + 155%] vs -33% [- 63% ; 0%]; p=0,48) et entre M3 et M1 (+20% [- 8% ; +110%] vs 0% [- 33% ; +7%]; p=0,17)  n’étaient pas significativement différentes entre, respectivement, les patients avec et sans RPO endoscopique. En revanche, la variation relative de calprotectine fécale entre M3 et M0 était plus importante chez les patients avec RPO endoscopiques à M6 (+ 60% [- 47% ; + 217%]) par rapport à ceux sans RPO endoscopique (- 38% [- 64% ; 0%]) (p=0,01). Ce résultat était confirmé en analyse multivariée ajustée sur les facteurs de risque connus de RPO (p = 0,021). A l’aide d’une courbe ROC (AUC = 0,73), une augmentation relative de 10 % entre M0 et M3 était le meilleur seuil pour prédire une RPO endoscopique à M6 (sensibilité = 64,7 % [41,1-82,7], spécificité = 87,5 % [68,0-96,3], valeur prédictive négative = 77,8% [57,5-91,4] et valeur prédictive positive = 78,6% [49,2-95,3]).

Discussion

Conclusion

Le dosage répété de calprotectine fécale dans les 3 premiers mois suivant une résection intestinale, notamment la variation entre M0 et M3,  permet de prédire la survenue d’une RPO endoscopique à 6 mois chez les patients atteints de MC suggérant son utilité en pratique quotidienne.

Remerciements

AFA, SNFGE, 3i Nature, AOI, PHRC national