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S0 - Le reflux gastro-œsophagien (RGO) persistant sous IPP : étude des facteurs associés à la perception des épisodes de reflux acides et non acides

Zerbib Frank, Duriez A, Capdepont M
Introduction

Il est admis que 20 à 30 % des patients sous IPP ont des symptômes de RGO persistant, le plus souvent en rapport avec des reflux non acides (RNA), comme le démontrent les études en pH-impédancemétrie. Les facteurs intervenant dans la perception des épisodes de RGO sont mal connus, en particulier ceux impliqués dans la perception des RNA. Le but de cette étude était d'évaluer les facteurs intervenant dans la perception des épisodes de RGO acides et non acides chez les malades sans et avec IPP.
 

Patients et Méthodes

Ont été inclus dans cette étude tous les épisodes de reflux obtenus chez 40 patients (20 patients sans IPP et 20 avec IPP à double dose) présentant des symptômes compatibles avec le diagnostic de RGO, chez qui des enregistrements ambulatoires de pH-impédancemétrie de 24 heures (Sandhill, CO, USA) ont été réalisés. L'analyse manuelle des tracés permettait de détecter puis caractériser les reflux acides (RA) (pH<4) et les RNA, c'est-à-dire les reflux peu acides (4 ≤ pH < 6,5) et peu alcalins (pH ≥ 6,5) selon la classification de Porto modifiée (Gut 2004 ; 53 : 1024-31). Les épisodes de reflux étaient considérés comme symptomatiques lorsqu'ils survenaient dans les 2 minutes précédant l'activation du marqueur d'évènement par le patient. L'impact des caractéristiques des épisodes de reflux sur leur perception était évalué par les tests du Chi² et de Mann-Whitney en analyse univariée et par la régression logistique en analyse multivariée.
 

Résultats

Au total, 1895 épisodes de reflux ont été analysés, 909 sans IPP (23,5 % symptomatiques) et 986 avec IPP (28,7 % symptomatiques, p = 0,011). Les RA étaient symptomatiques dans 28,1 % et 41,9 % des cas respectivement sans et avec IPP (p = 0,001). Les RNA étaient symptomatiques dans 12,3 % et 26,6 % des cas respectivement sans et avec IPP (p<0,001). Chez les patients sans IPP, les facteurs influençant la perception des reflux étaient : la position debout (OR 4,60 ; IC [2,11 ; 10,03], p<0,001), l'extension proximale (2,02 ; [1,45 ; 2,82], p<0,001), le pH minimal (1,16 ; [1,04 ; 1,29], p<0,006) et la survenue de reflux acides dans l'heure précédente (3,92 ; [2,10 ; 7,30], p<0,001). Chez les patients sous IPP, les facteurs influençant de manière indépendante la perception des reflux étaient : l'extension proximale (3,50 ; [2,56 ; 4,80], p<0,001), et la survenue de reflux acides dans l'heure précédente (1,57 ; [1,11 ; 2,24], p = 0,012). De manière globale, les facteurs influençant la perception des RNA étaient : la position debout (4,61 ; [2,79 ; 7,61], p<0,001), le traitement par IPP (1,89 ; [1,23 ; 2,89], p = 0,004), l'extension proximale (2,98 ; [2,19 ; 4,08], p<0,001), le sexe masculin (2,10 ; [1,52 ; 2,90], p<0,001), et le caractère peu alcalin des reflux (1,67 ; [1,04 ; 2,67], p = 0,034). La présence de gaz dans le matériel de reflux (reflux mixtes gaz + liquide) n'influençait pas la perception des reflux.
 

Conclusion

Les facteurs associés à la perception des épisodes de RGO sous IPP sont l'extension proximale du reflux et la survenue préalable de reflux acides. Les épisodes de RGO, qu'ils soient acides ou non acides, sont plus souvent symptomatiques sous IPP, particulièrement les RNA qui sont rarement perçus chez les patients sans traitement. Ces résultats suggèrent l'existence d'une hypersensibilité œsophagienne chez les patients symptomatiques sous IPP.