JFHOD

CO.069 - Le risque des varices œsophagiennes nécessitant un traitement dépend de multiples facteurs dont le sexe et l’IMC

P. Calès, A. Berger, F. Ravaioli, O. Farcau, D. Festi, H. Stefanescu, P. Nahon, C. Bureau, N. Ganne-Carrié, A. Berzigotti, V. de Lédinghen, S. Petta

Introduction

L’épidémiologie des varices œsophagiennes a été évaluée jusqu’à présent dans des conditions restreintes par la taille et l’étiologie de la population. Avec les critères diagnostiques non-invasifs des varices nécessitant un traitement (VNT) désormais recommandés, il est important de connaître les prédicteurs épidémiologiques afin d’améliorer les scores prédictifs. L’objectif principal était de réévaluer l’épidémiologie des VNT dans une très large population d’étiologies multiples.

Patients et Methodes

Nous avons évalué une population de 2290 patients avec hépatopathie chronique inclus dans 8 pays dans une étude rétro-prospective. Leurs caractéristiques étaient, âge : 59±11 ans, hommes : 63.5%, étiologies : virus : 50,0%, NAFLD : 29,5 %, alcool : 20,5%, IMC : 28,4±5,8 kg/m², score MELD : 9.5±3.0, élasticité hépatique : 27.1±18.0 kPa dont 93% ≥10 kPa. Le critère de jugement principal était les VNT (grosses varices) diagnostiquées lors de la première endoscopie de dépistage. La prévalence des VNT était de 14,9%.

Résultats

Les principales différences significatives entre le groupe avec VNT vs absence de VNT étaient : prévalence accrue chez les hommes (17.4 vs 10.7%, p<0.001), dans l’étiologie alcool mais diminuée dans la NAFLD vs virus, IMC et créatinine bas, MELD accru. Ainsi l’odds ratio chez les hommes était de 1,76 (95%IC : 1,36-2,28) et 1,55 (1,19-2,03) après ajustement sur toutes les covariables par ANCOVA. La baisse de l’IMC a été interprétée comme conséquence de la sarcopénie puisque l’IMC était corrélé positivement avec la créatinine (rs: 0,129, p <0,001) et négativement avec l'INR (rs: -0,223, p <0,001). En analyse multivariée, les prédicteurs indépendants de VNT étaient : étiologie, sexe, plaquettes, TP, dureté hépatique, albumine et ALAT sans rôle pour âge, IMC, ASAT, créatinine et MELD. Ce modèle fournissait un premier score usuel de tests (SCOUT 1). Un 2e modèle prenant en compte les multiples interactions appelé SCOUT 2 permettait d’augmenter l’AUROC à 0,819 vs 0,806 pour SCOUT 1 (p=0,019). Les scores SCOUT ont été comparés aux scores de VNT publiés : ANTICIPATE et PLR (ratio plaquettes / dureté hépatique). SCOUT 2 était très bien calibré pour la prédiction des VNT notamment en fonction du sexe, de l’étiologie et du MELD à la différence des autres scores. Le seuil de sensibilité ≥95% pour les VNT (condition des critères de Baveno VI pour VNT manquées £5%) était calculé pour les scores de VNT : PLR : 29,2% (de patients), ANTICIPATE : 31,5%, SCOUT 1 : 34,8%, SCOUT 2 : 37,8% (p<0,001 entre chaque test). L’analyse montrait aussi une interaction significative entre l’IMC et l’étiologie ou le TP. Ainsi l’IMC moyen des VNT ajusté sur toutes les covariables (par ANCOVA) était significativement diminué dans la NAFLD (p=0,002) mais significativement augmenté dans l’étiologie alcool (p=0,009) vs VNT absentes (figure).

Discussion

Conclusion

Cette large population permet de mieux connaître l’épidémiologie des VNT. Ainsi, la prévalence des VNT varie en fonction de l’étiologie, la fonction et la fibrose hépatiques (faits connus) et du sexe (fait inconnu). Le rôle de l’IMC est démasqué avec une vraie interaction avec l’étiologie : influence négative dans la NAFLD (fait nouveau) et positive dans l’alcool (fait inconnu). Ces nouveaux résultats ont des implications physiopathologiques. Enfin, ils permettent d’améliorer la performance et la calibration des scores prédictifs de VNT.

Remerciements

Groupes multicentriques : VO-VCO (PHRC), ANRS CO12 CIRVIR, M116 (Echosens) et VEB6