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CO67 - Le taux d'alpha-foetoproteine a une valeur pronostique indépendante en cas de petit carcinome hepatocellulaire. Résultats d'une étude de population.

Poureau Pierre-Guillaume, Calament-Descleves Mathilde, Billot-Grasset Alice, Cariou Mélanie, Tanne Florence, Faycal Joseph, Jezequel Julien, Robaszkiewicz Michel, Nousbaum Jean-Baptiste

Introduction

Le taux d'alpha foetoprotéine (AFP) est le seul marqueur validé du carcinome hépatocellulaire (CHC), et n'est plus recommandé par plusieurs sociétés savantes pour le dépistage du CHC par manque de sensibilité. Cependant, il représente un facteur pronostique. En cas de petit CHC accessible à un traitement à visée curative, sa valeur pronostique est controversée. L'objectif principal de cette étude était de déterminer l'impact pronostique du taux d'AFP au diagnostic sur la survie globale des patients ayant un petit CHC. Les objectifs secondaires étaient d'évaluer son impact sur la survie sans récidive, et de déterminer une éventuelle corrélation avec des facteurs histologiques.

Patients et méthodes

Tous les patients atteints de CHC unique de taille <= 3 cm diagnostiqués entre le 1er janvier 2005 et le 31 décembre 2013 dans le département du Finistère ont été enregistrés. Les caractéristiques clinico-biologiques et histopathologiques ont été analysées de façon rétrospective. Le diagnostic de CHC était posé selon les critères non invasifs de l'EASL, avec relecture par un expert pour les cas douteux, ou par histologie. Le stade tumoral était défini selon la classification BCLC. Les patients étaient répartis en 2 groupes selon le taux d'AFP au diagnostic, avec un seuil à 14 ng/mL, établi lors d'une précédente étude. Les comptes-rendus d'anatomopathologie ont été recueillis et analysés lorsqu'une preuve histologique était présente. Les données de survie ont été analysées par la méthode de Kaplan Meier et comparées en utilisant les tests du Log-rank ou de Wilcoxon. L'analyse multivariée a été réalisée avec un modèle de régression logistique binaire pour identifier les facteurs pronostiques.

Résultats

157 patients ont été inclus. 80 avaient un taux d'AFP < 14 ng/ml (groupe 1), 51 un taux >=14 ng/ml (groupe 2). Le taux était inconnu pour 26 patients. Les deux groupes de patients étaient comparables pour l'âge, la présence d'une cirrhose, le stade Child A de la cirrhose, le stade BCLC 0 ou A, le statut OMS 0 ou 1, la taille tumorale et le type de traitement réalisé. Ces deux groupes étaient différents en ce qui concernait le sexe féminin et l'étiologie virale, plus fréquents dans le groupe 2. Les médianes de survie globale et de survie sans récidive étaient respectivement de 48,1 et 36,5 mois dans le groupe 1 versus 18,5 et 13,6 mois dans le groupe 2 (p<0,001 et p=0,001). Les taux de survie à 3 et 5 ans étaient respectivement de 62,8% et 42% dans le groupe 1 versus 25,2% et 15,3% dans le groupe 2. L'AFP a été identifiée comme facteur pronostique péjoratif en analyse univariée et multivariée avec un Hazard Ratio respectivement à 2,53 (p<0,001) et 2,13 (p=0,006). 87 résultats anatomopathologiques ont été colligés. La présence d'emboles microvasculaires était significativement associée à un taux d'AFP >= 14 ng/ml (p=0,007) et à une survie globale plus faible (médiane = 16,4 mois versus 58,8 mois, p=0,025).

Conclusion

Une élévation même modérée du taux d'AFP au-delà de 14 ng/mL chez un patient ayant un CHC unique de taille <= 3 cm a une valeur pronostique indépendante. Elle constitue un marqueur indirect de micro-invasion vasculaire, et devrait être prise en compte dans la stratégie thérapeutique.