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CO.124 - Les effets bénéfiques de Saccharomyces boulardii CNCM I-745 et délétères de candida albicans sur la colite sont influencés par la présence d’entérobactéries

B. Sovran, J. Planchais, S. Jegou, M. Straube, B. Lamas, A. Agus, L. Dupraz, J. Glodt, G. Da Costa, M.L. Michel, P. Langella, L.M. Richard, H. Sokol

Introduction

Les équilibres subtils entre les microbes et leur hôte maintiennent l’homéostasie intestinale et influencent les conditions inflammatoires, notamment dans le cadre de Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin (MICI). Dans cette étude, nous nous intéressons aux rôles des interactions entre bactéries et champignons dans l’inflammation intestinale, un domaine très peu étudié à ce jour.

Matériels et méthodes

Un traitement par vancomycine (1g/L) ou colistine (1g/L) a été administré dans l’eau de boisson de souris femelles C57BL/6 âgées de 10 semaines pendant 7 jours, afin d’éliminer du microbiote intestinal respectivement les bactéries Gram positives et les Enterobacteriaceae. Simultanément à cette antibiothérapie, les souris ont été gavées avec 107 CFU  de la levure probiotique Saccharomyces boulardii CNCM I-745 (Biocodex-Gentilly) ou du champignon pathogène Candida albicans SC5314. Après 7 jours de traitements antibiotiques et fongiques, une colite a été induite avec 2% de Dextran Sodium Sulphate (DSS) dans l’eau de boisson, suivis d’une période de récupération de 5 jours à l’eau. Les souris ont été euthanasiées à J0, J7 et J12 post DSS. Le développement de la colite et sa récupération ont été suivis quotidiennement (poids, indice d’activité de maladie). Les niveaux de lipocaline, les analyses histologiques, ainsi que les analyses de composition et diversité du microbiote bactérien (séquençage 16S) et fongique (séquençage ITS2) ont été étudiés après la période d’exposition aux antibiotiques et pendant la colite.  

Résultats

Chez les souris n’ayant pas reçu d’antibiothérapie, nous avons observé que l’administration de Saccharomyces boulardii améliorait la colite induite par le DSS, alors que l’administration de Candida albicans avait un effet aggravant. Les traitements antibiotiques modifiaient profondément les phénotypes observés : les souris traitées par vancomycine étaient protégées de la colite, alors que les souris traitées par colistine développaient une colite de sévérité inchangée mais perdaient la sensibilité aux effets des champignons administrés. Ainsi la sévérité de la colite des souris recevant de la colistine n’était pas modifiée par l’administration de Saccharomyces boulardii ou de Candida albicans.  Les traitements antibactériens influençaient non seulement les populations bactériennes mais aussi le microbiote fongique. Les corrélations entre l'abondance des taxa bactériens et fongiques étaient considérablement diminuées chez les souris traitées par colistine comparé aux autres souris, suggérant que les bactéries sensibles à la colistine sont impliquées dans les interactions avec les champignons au sein du microbiote intestinal. La colistine ciblant les entérobactéries, nous avons restauré cette population en administrant une souche d’Escherichia coli (membre important des entérobactéries du microbiote) résistant à la colistine. Cette restauration du niveau d’entérobactéries chez les souris traitées par colistine suffisait à rétablir les effets bénéfiques de S. boulardii et les effets délétères de C. albicans sur la sévérité de la colite. Les mécanismes impliquent une amélioration de la colonisation intestinale des champignons en présence d'entérobactéries. Cette découverte fournit de nouvelles informations sur le rôle des interactions fonctionnelles bactéries-champignons dans la physiologie intestinale et potentiellement dans la physiopathologie des MICI.

Discussion

Conclusion

La levure probiotique Saccharomyces boulardii CNCM I-745 réduit la sévérité de la colite alors que le champignon pathogène Candida albicans l’aggrave. Ces effets sont influencés par la présence d’Enterobacteriaceae, au moins partiellement en améliorant la colonisation fongique de l’intestin. Ces résultats apportent de nouvelles connaissances sur le rôle des interactions bactéries – champignons dans la physiologie intestinale et dans la physiopathologie des MICI.

Remerciements

Ce travail a reçu un financement par la société Biocodex