JFHOD

CO67 - Les entéropathies associées à la prescription d’olmesartan

Marthey Lysiane, Cadiot Guillaume, Seksik Philippe, Pouderoux Philippe, Lacroute Joël, Skinazi Florence, Mesnard Bruno, Chayvialle Jean-Alain, Lerebours Eric, Druez Anne, Saadi Tarek, Parlier David, Abitbol Vered, Gompel Michel, Eoche Matthieu, Poncin Eric, Bobichon Roland, Colardelle Philippe, Wils Pauline, Cerf-Bensussan Nadine, Malamut Georgia, Carbonnel Franck

Introduction

Les entéropathies avec atrophie villositaire non coeliaque sont multiples : sprue réfractaire, entéropathie auto immune, sprue tropicale, lymphome de bas grade de l'intestin, et.c... Récemment, Rubio-Tapia et al. Ont décrit 22 cas d'entéropathies sévères avec atrophie villositaire chez des malades traités par olmesartan (Olm) (Mayo Clinic proceedings 2012 ; 87 : 732). Menne et Haller ont remis en question l'association ; dans l'essai ROADMAP, le taux de diarrhée était similaire chez les 2232 malades diabétiques ayant reçu de l'Olm et les 2215 malades ayant reçu un placebo, 3.5 et 4.2% respectivement (Mayo Clinic proceedings 2012 ; 87 : 1230). Le 1er juillet 2013, nous avons lancé une alerte aux gastroentérologues français pour les informer de cette association, les inviter à nous signaler les cas ainsi qu'à la pharmacovigilance et à nous adresser une fiche d'informations anonyme.

Patients et Méthodes

Les principales anomalies cliniques, biologiques et histologiques ont été recueillies par internet auprès des gastroentérologues ayant signalé des cas. Les dossiers des malades ayant eu des arrêts et des réintroductions d'Olm ont été étudiés afin d'établir ou de réfuter une association de causalité entre Olm et entéropathie. Les valeurs numériques sont exprimées en médianes [extrêmes].

Résultats

Un cas d'entéropathie associée à la prise de valsartan et un autre avec ibesartan ont été signalés. 31 malades (19 femmes) âgés de 70 ans [46-91], avec une entéropathie associée à la prise d'Olm ont été signalés. Le temps écoulé entre la première prise d'Olm et le début de la diarrhée était de 20 mois [0-68]. La dose était de 40 mg/j [10-60]. 8/31 malades avaient des antécédents personnels de maladie auto immune ou inflammatoire. Tous les malades avaient une diarrhée, 18 avaient des vomissements, 19 avaient une insuffisance rénale fonctionnelle et 25 une hypokaliémie. La perte de poids était de 20% [0-48], l'albuminémie de 27 g/l [13-43]. 28 malades ont été hospitalisés (30 jours [8-460] ), dont 5 en réanimation. Il n'y a pas eu de décès. 9/17 malades étaient HLA DQ2 ou DQ8. Les marqueurs d'auto immunité intestinale étaient négatifs (29/30 IgA anti transglutaminase négatifs ; 15/15 anti entérocytes négatifs). Les anticorps anti nucléaires étaient positifs (9/10). Les biopsies duodénales ont montré une atrophie villositaire (28/30), le plus souvent subtotale à totale (23/26). Une lymphocytose intraépithéliale (15/29), une sprue collagène (2/26) et une colite microscopique (6/30) ont été observées chez certains malades. Le régime sans gluten a été efficace chez 6/20 patients. 9/14 patients ont eu une réponse ou une rémission sous corticoïdes. 4/5 patients ont été mis en rémission par thiopurines. 6/7 patients ont été mis en rémission par anti TNF en monothérapie ou en association avec une thiopurine. Une malade a répondu au tacrolimus après échec des corticoïdes et des anti TNF. 13 malades ont eu 25 arrêts suivis de réintroductions d'Olm, dont 11 avant l'introduction des corticoïdes et des immunosuppresseurs. Dans ces 11 cas, l'arrêt de l'Olm a été suivi d'une rémission (10/11), la reprise de l'Olm a été suivie d'une rechute (9/10). Aux dernières nouvelles, 27/29 patients sont en rémission clinique depuis l'arrêt de l'Olm, dont 24 sans immunosuppresseur.

Conclusion

Cette étude confirme que la prise d'Olm est associée à une entéropathie sévère avec atrophie villositaire. Les marqueurs d'auto immunité intestinale sont négatifs et les anticorps anti nucléaires souvent positifs. L'entéropathie répond le plus souvent aux thiopurines et/ou aux anti TNF, mais elle guérit généralement à l'arrêt de l'Olm. L'étude des observations avec arrêts et réintroductions confirme l'association de causalité entre l'Olm et l'entéropathie. Les autres sartans semblent moins souvent en cause.