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CO.067 - Les lésions endoscopiques sévères n’induisent pas d’avantage de complications de la maladie de Crohn ni de recours à la chirurgie dans une étude en population générale

T. Brunet, L. Siproudhis, C. Brochard, M.L. Rabilloud, M. Pagenault, G. Bouguen

Introduction

Les lésions endoscopiques sévères (LES) de la maladie de Crohn (MC) favoriseraient les complications de cette maladie et le recours à la chirurgie d’après des données basées sur un faible niveau de preuve. Notre étude issue d’une cohorte prospective en population générale a pour objectif d’évaluer la survenue de complications de la MC selon la présence de LES au diagnostic.

Patients et Methodes

Tous les cas incidents de MC en Bretagne entre 1994 et 1997 ont été prospectivement inclus. Tous les dossiers des patients ont été revus depuis le diagnostic de la maladie inflammatoire jusqu’à la date de dernière visite clinique. Les patients présentant des complications sténosantes ou fistulisantes dès le diagnostic ont été exclus. Les données endoscopiques au diagnostic sont reportées selon les items du CDEIS. Une LES était définie comme une ulcération profonde atteignant un segment intestinal. Le dommage intestinal est défini par les critères du score de Lemann (recours à la chirurgie, complications pénétrantes et atteinte anopérinéale). Une analyse de survie a recherché une association entre les LES et les complications de la maladie dont le recours à la chirurgie, le dommage intestinal, une hospitalisation et l’initiation d’un traitement immunosuppresseur. 

Résultats

Au sein des 272 patients suivis dans la cohorte, 164 ont été inclus après exclusion de 96 (35 %) patients présentant une complication sténosante ou fistulisante et 14 (5 %) dont la coloscopie au diagnostic était incomplète. On retrouvait 93 (57 %) patients A2 de la classification Montréal et la localisation digestive était L1, L2 et L3 pour respectivement 16 (10 %), 70 (43 %) et 77 (47 %) des patients. La coloscopie rapportait un ulcère profond sur au moins un segment chez 41 (25 %) patients et sur deux segments chez 21 (13 %). Les patients présentant des LES étaient plus fréquemment hospitalisés au diagnostic de la MC (p=0.03) et rapportaient une perte de poids récente (p=0.04). La présence de LES sur deux segments digestifs était associée à une consommation tabagique active (p=0.01). Le suivi des patients était en moyenne de 12,3 années et les probabilités cumulatives à 10 ans d’un recours à la chirurgie, d’un dommage intestinal, d’une hospitalisation en rapport avec la maladie ou d’un traitement immunosuppresseur étaient respectivement de 40 %, 21 %, 34 % et 36 %. La présence de LES n’était pas associée au recours à la chirurgie (log rank=0,19) ni à la survenue de dommage intestinal (log rank=0.69). Cependant, les patients avec LES étaient plus fréquemment hospitalisés (log rank=0.04) et plus souvent traités par immunosuppresseurs (dont des anti-TNF) (log rank =0.0036). Inversement, l’introduction d’immunosuppresseurs était associée à plus de recours à la chirurgie et de dommage intestinal malgré la restriction des analyses aux prises d’immunosuppresseurs avant chaque événement.

Discussion

Conclusion

Au sein d’une cohorte de maladie de Crohn en population générale, les LES au diagnostic sont associées à une présentation clinique sévère et plus d’hospitalisations sans augmentation du recours à la chirurgie ni du dommage intestinal et ce malgré l’augmentation de l’utilisation de traitement immunosuppresseur. 

Remerciements