JFHOD

CO.45 - Les lésions néoplasiques non conventionnelles des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin

J.F. Mosnier, S. Reis, A. Boureille, G. Meurette, C. Bossard

Introduction

Malgré les programmes de dépistage des cancers colorectaux chez les patients atteints de maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI), des cancers sont encore découverts "fortuitement" sur les pièces opératoires de ces patients opérés pour d'autres raisons qu'une dysplasie ou un cancer. L'hypothèse de ce travail était que des lésions précancéreuses autres que la dysplasie conventionnelle associée aux MICI, décrites par Riddell et coll., pourraient expliquer une partie de ces cancers "fortuits".

Matériels et méthodes

796 pièces de résection intestinale de 717 patients atteints de MICI (545 maladies de Crohn, 197 rectocolites ulcéro-hémorragiques) examinées dans le service de Pathologie de l'institution entre 1993 et 2016 étaient identifiées. Les pièces dans lesquelles était isolé un cancer étaient relues afin d'examiner le(s) cancer(s) et les lésions précessives. Une lésion précessive était définie par sa contigüité immédiate avec le cancer, faisant d'elle le précurseur probable du cancer. Les blocs des tissus lésionnels inclus en paraffine étaient collectés. Une analyse immunohistochimique (CDX2, p16, MGMT et TP53) et moléculaire (BRAF, NRAS, KRAS, PIK3CA, RER et méthylation de CDX2) des cancers et des lésions précessives était entreprise après microdissection des zones d'intérêt. Les données cliniques et endoscopiques des patients étaient colligées rétrospectivement. Des statistiques descriptives étaient effectuées.

Résultats

29 cancers provenant de 26 patients (18 rectocolites ulcéro-hémorragiques, 7 maladies de Crohn et une colite aigue grave) étaient diagnostiquées sur les 796 pièces opératoires (3,6% des patients). La découverte du cancer était fortuite chez 7 des 26 patients (27%) (4 rectocolites ulcéro-hémorragiques, 2 maladies de Crohn et une colite aigue grave). Chez les 19 autres patients, les résections coliques étaient motivées par des biopsies positives pour la dysplasie de haut grade / carcinome (n = 16) ou la dysplasie de bas grade (n = 3). 26 cancers étaient colique ou rectal, 2 intestinaux, 1 anal. La découverte fortuite de cancer était significativement plus souvent associée à une colite active que les cancers dépistés par les biopsies endoscopiques. Une lésion précessive était isolée dans 18 des 29 cancers (62%): 9 (50%) étaient des lésions visibles ou invisibles avec dysplasie conventionnelle (adénome tubuleux et/ou villeux, dysplasie en muqueuse plane, polype/adénome festonné sessile avec dysplasie conventionnelle) et 9 (50%) correspondaient à des lésions inhabituelles par l'absence de dysplasie conventionnelle. Ces lésions étaient classées arbitrairement en hyperplasie villeuse hypersécrétante (n = 6), lésion papillaire inclassable (n = 2) et lésion festonnée inclassable (n =1). Les lésions précessives, y compris les lésions inhabituelles, présentaient les mêmes anomalies moléculaires que les cancers contigus. Dans les lésions inhabituelles les anomalies moléculaires les plus fréquentes étaient la surexpression de p53 et la perte et/ou la méthylation de CDX2. Des mutations de KRAS étaient identifiées dans deux lésions précessives inhabituelles (une hyperplasie villeuse hypersécrétante et une lésion papillaire inclassable), témoignant de leur potentiel néoplasique. La fréquence des anomalies moléculaires n'était pas significativement différentes entre les lésions précessives avec dysplasie conventionnelle et les lésions inhabituelles.

Discussion

Conclusion

Des lésions visibles sans dysplasie conventionnelle sont précancéreuses chez les patients atteints de MICI. Le déploiement des nouvelles techniques endoscopiques et l'application des recommandations SCENIC devraient permettre d'apprendre à identifier ces lésions et préciser leur prise en charge.

Remerciements