JFHOD

P.380 - Les switchs successifs vers différents biosimilaires de l’infliximab ont-ils un effet sur l’immunogénicité au cours des maladies inflammatoires chroniques ?

V. Abitbol, A. Molto, C. Goulvestre, O. Conort, S. Chaussade, R. Coriat, M. Dougados, J. Avouac

Introduction

Le switch vers un biosimilaire d’infliximab a montré son innocuité et un gain économique non négligeable. Le risque d’immunogénicité pourrait constituer un frein pour l’interchangeabilité entre les différents biosimilaires de l’infliximab (IFX). Le changement brutal d’épitope lors du switch vers un biosimilaire pourrait potentiellement déclencher une réponse immune et entrainer la production d’anticorps anti-infliximab (ATI). Les switchs successifs vers différents biosimilaires pourraient majorer ce risque. 

Objectif : Déterminer si les switchs successifs vers différents biosimilaires d’IFX augmentent le risque d’immunogénicité au cours d’une période d’observation de 3 ans.

Patients et Methodes

Etude d’une cohorte prospective dans les services de Gastroentérologie, Rhumatologie et Médecine Interne d’un Hôpital Universitaire. Critères d’inclusion : patients >18 ans en traitement d’entretien sous IFX de référence acceptant de changer pour un biosimilaire d’IFX. Le 1er switch vers un biosimilaire a débuté en Octobre 2015 et le 2cd switch du 1er biosimilaire vers un 2e biosimilaire en Décembre 2017. Les patients ont été suivis jusqu’à Décembre 2018. L’immunogénicité était définie par la présence d’ATI> 10ng/ml au moins à 2 dosages consécutifs. 

Résultats

265 patients sous IFX de référence ont eu un 1er switch pour le CT-P13. Les patients étaient traités pour spondyloarthrite (N=135), maladie inflammatoire chronique de l’intestin (N=64), polyarthrite rhumatoïde (N=31), rhumatisme psoriasique (N=21), uvéite (N=8), autre (N=6). 140 patients ont eu un 2e switch pour le SB2, 26 ont gardé le CT-P13 et 55 ont repris l’IFX de référence. 30 patients (11,3%) avaient des ATI positifs avant le 1er switch sans association significative avec l’âge, le genre, le type de maladie, l’association à un immunosuppresseur. Les patients avec ATI avant le 1er switch avaient plus souvent un indice de masse corporelle (IMC) >30(14/30, 45% vs. 40/235, 17%, p<0.001) et avaient reçu moins de perfusions d’IFX de référence que les patients sans ATI (28±20 vs. 40±25 perfusions, p=0,012). 20 patients ont développé des ATI au cours de la période d’observation correspondant à un taux de 3 pour 100 patients-années : 10 patients au cours du traitement par le 1er biosimilaire (2 pour 100 patients-années) et 6 après le 2e switch (4 pour 100 patients-années). 4 patients avaient repris IFX de référence au moment du dosage positif des ATI. Le délai moyen d’apparition des ATI était de 21,2 ±13,7 mois. La courbe de Kaplan Meyer illustrant la survie sans immunogénicité ne montrait pas d’influence du nombre de biosimilaires (Figure A). Les taux d’arrêt de traitement étaient significativement plus élevés chez les patients avec ATI positifs que chez les patients sans ATI (Figure B, Hazard Ratio 2,27, 95% intervalle de confiance 1,3-3,9). Aucun facteur prédictif d’immunogénicité après le switch n’a été identifié. Le taux de persistance du biosimilaire à 3 ans était de 58% (154/265) dont 131 traités par le 2e biosimilaire et 23 ayant gardé le 1er biosimilaire(Figure C).

Temps(mois)                               

Discussion

Conclusion

Dans cette cohorte prospective de patients avec maladie inflammatoire chronique suivis pendant 3 ans, le taux de développement d’une immunogenicité était faible et non favorisé par les switchs successifs vers différents biosimilaires d’IFX. L’immunogénicité ne semble pas être un obstacle à l’interchangeabilité entre différents biosimilaires d’infliximab.

Remerciements