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CO0 - Les tumeurs desmoïdes dans la polypose adénomateuse familiale : corrélation génotype/phénotype et implications thérapeutiques

Goasguen Nicolas, Parc Yann, Olschwang S, Parc R, Tiret E
Introduction

La polypose adénomateuse familiale (PAF) associe au développement d'adénomes colorectaux d'autres manifestations qui deviennent les enjeux thérapeutiques après éradication chirurgicale du risque de cancer colorectal. La tumeur desmoïde (TD) est devenue la première cause de mortalité. Le but de cette étude est de déterminer si existe une corrélation génotype/phénotype pour les TD.

 

Patients et Méthodes

Tous les dossiers des patients opérés pour PAF depuis 1984 ont été étudiés. A partir de 1992, un dépistage génétique était proposé. Les variables analysées étaient : le sexe, l'âge au moment de la chirurgie prophylactique et son type, la localisation de la mutation sur le gène APC. Pour les patients ayant une TD : le nombre, la localisation, la présentation clinique, le délai d'apparition par rapport à la chirurgie prophylactique, l'âge de découverte et les traitements étaient notés.

 

Résultats

Parmi les 415 opérés, 50 avaient une TD (12 %), 348 ont eu un dépistage génétique, la mutation étant démontrée chez 320. Chez les patients ayant une TD, le sex ratio était de 1. L'âge du diagnostic était de 33 ans (5-68 ans), avec une découverte plus précoce chez les femmes (27 vs 37 ; p = 0,005). L'âge moyen de la première intervention pour PAF était 26,1 ans pour les femmes contre 33,8 ans chez les hommes (p = 0,012). Une chirurgie abdominale précédant le développement de la TD était noté chez 34 patients (68 %) et son délai moyen d'apparition était de 5 ans (médiane 2,5, extrêmes 0,25-31 ans). Le nombre de TD était de 124 et se répartissait : 73 dans le mésentère (59 %), 44 dans la paroi (35 %) et 7 extra-abdominales (6 %). Quarante quatre interventions étaient nécessaires chez 26 patients, dont 20 pour des tumeurs pariétales, 9 pour des tumeurs mésentériques, 5 pour des tumeurs pariétales et mésentériques et 2 pour des tumeurs extra-abdominales. Dix huit récidives survenaient : 11 pariétales, 6 mésentériques et 1 extra-abdominale. Neuf nécroses tumorales étaient observées dont sept avec fistulisation dans le grêle. Sept iléostomies définitives ont été nécessaires conduisant à 4 grêles courts. Trois patients sont décédés de leur TD. L'incidence des TD était de 50 % (17/34) après le codon 1362 vs 10 % (24/228) avant le codon 1362 (délétions génomiques et inversions exclus). Les TD pariétales (28 vs 7) et surtout extra-abdominales (7 vs 0) étaient plus nombreuses lorsque la mutation était après ce même codon (p < 0,05). Les patients chez qui la TD était découverte avant la chirurgie présentaient plus fréquemment une mutation après le codon 1362 (5 vs 1 ; p < 0,01).

 

Conclusion

L'hormonodépendance et la chirurgie sont deux facteurs primordiaux au développement des TD. De plus, il semble que l'existence d'une mutation après le codon 1362 accroît le risque de développer une TD. Pour ce nombre limité de patients, l'âge de la colectomie prophylactique pourrait être discuté afin de retarder le traumatisme chirurgical. Toutefois, pour limiter le nombre de traumatisme, la coloproctectomie totale suivie d'une anastomose iléo-anale semble préférable d'emblée.