JFHOD

CO.047 - Les variations pondérales et le degré d’imprégnation oestrogénique prédisent l’évolutivité des adénomes hépatocellulaires

A. Demory, J.M. Péron, M. Ronot, J. Calderaro, F.Z. Mokrane, J. Selves, C. Maulat, T. Eche, G. Amaddeo, V. Paradis, M. Ziol, O. Sutter, L. Blaise, N. Ganne-Carrié, J. Zucman-Rossi, J.C. Nault

Introduction

Les adénomes hépatocellulaires (AHC) sont des tumeurs hépatocellulaires bénignes à risque de complication hémorragique et de transformation en carcinome hépatocellulaire, se développant fréquemment chez la femme jeune sous contraception orale oestrogénique. Les données concernant les AHC étant principalement issues de séries chirurgicales, leur histoire naturelle chez les malades tout-venant, dont une large proportion n’est pas opérée, est méconnue. L’objectif de ce travail était d’identifier des facteurs cliniques, radiologiques, histologiques et de la classification génotype/phénotype prédictifs de l’évolution des AHC et de la survenue de complication sur une série de patients opérés et/ou avec adénomes en place suivis régulièrement.

Patients et Methodes

Nous avons inclus de manière rétrospective tous les patients pris en charge au sein de 3 centres tertiaires entre 2000 et 2019 pour un adénome hépatocellulaire histologiquement prouvé (biopsie ou pièce de résection). Les données cliniques, radiologiques, histologiques, et immunohistochimiques (permettant la classification des AHC en HNF1A inactivé, inflammatoire et/ou activé B-caténine) ont été recueillies au diagnostic et lors du suivi afin d’identifier les facteurs associés à l’évolution morphologique des AHC dans le temps, en nombre et en taille (selon les critères RECIST) et aux complications. Nous avons établi un score d’exposition oestrogénique à partir des variables connues pour influencer l’imprégnation oestrogénique (combinant l’Indice de Masse Corporelle, la durée d’usage des contraceptifs et la consommation d’alcool). Une cohorte de validation externe de 72 patientes d’un 4ème centre a été utilisée pour valider ce score.

Résultats

184 patients ont été inclus dont 161 femmes (87,5%) ayant pris dans 88,6% des cas une contraception oestro-progestative pendant une durée médiane de 12 ans. En analysant les sous types d’AHC présents par patient, 49,8% des patients avaient au moins un AHC inflammatoire, 31,1% au moins un AHC inactivé HNF1A et 8 % au moins un AHC activé beta-caténine.

21 hémorragies symptomatiques (11,4%) et 12 transformations malignes (6,5% dont la moitié chez des hommes) ont été diagnostiquées. La présence d’un AHC > 50 mm à l’imagerie était associée à la survenue d’hémorragies symptomatiques (p=0,003). Le sexe masculin (p=0,0005) et les AHC beta-caténine activés (p=0,0001) étaient associés à la survenue de transformation maligne. L’âge était associé aux complications de façon opposée : les patients d’âge inférieur à la médiane étaient plus à risque d’hémorragie (OR 0,184; IC95% [0,050-0,543]; p=0,004) alors que ceux avec un âge supérieur à la médiane de la population étaient plus à risque de carcinome hépatocellulaire (OR= 10,747; (IC95% [2,024-198,593]; p=0,024).

 

43 patients n’avaient plus d’adénomes en place après résection et, parmi eux, seule une patiente a développé un adénome centimétrique pendant le suivi. Les 119 patients avec un AHC laissé en place ont été suivis pendant une durée médiane de 4,5 ans. Parmi eux, une régression des AHC a été observée dans 31% des cas (23% de régression partielle et 8% de régression complète), une stabilité dans 47% des cas et une progression dans 22% des cas. Les variations pondérales étaient associées à l’évolution des AHC (perte de poids liée à la régression p=0,0004 et prise de poids associée à une progression p=0,0021) en particulier dans le groupe des AHC inflammatoires (p=0,016). De plus, un score d’exposition aux œstrogènes élevé au diagnostic était associé à la régression des AHC (OR 2,450; IC95% [1,347-5,553] ; p=0,009) avec une probabilité de régression des AHC d’autant plus forte que le score initial était élevé. Cette association avec l’évolutivité tumorale a été confirmée de manière robuste dans une cohorte de validation externe de 72 patientes (p=0.0032).

Discussion

Conclusion

Ce travail confirme le lien entre la variation pondérale et l’évolutivité des AHC. Par ailleurs, le score d’exposition aux œstrogènes permet de prédire de manière robuste l’évolution en taille des AHC. Ce score est facilement utilisable en routine et pourrait servir d’outil de prédiction et d’aide à la décision thérapeutique dans la prise en charge des AHC.

Remerciements