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CO.046 - L'insufflation intra-péritonéale de CO2 induit un effet anti-inflammatoire intestinal : validation dans un modèle expérimental de colite

A. Haffreingue, J. Tourneur-Marsille, J.P. Hugot, A. Bonnard, E. Ogier-Denis

Introduction

L’entérocolite ulcéro-nécrosante ECUN est une pathologie infectieuse et inflammatoire du tube digestif, touchant préférentiellement le prématuré, nécessitant une prise en charge urgente. Certaines équipes réalisent une cœlioscopie exploratrice, à 48h de l’échec du traitement médical. Nous avons constaté, lors du suivi post-opératoire après cœlioscopie sans aucun autre geste opératoire, une baisse plus rapide du syndrome inflammatoire, ainsi qu’une nette amélioration clinique. Cet effet inattendu pourrait être en lien avec l’utilisation du CO2 nécessaire à la cœlioscopie. La colite induite chimiquement par le Dextran Sodium Sulfate (DSS) a de nombreuses similitudes sur le plan histopathologique avec les lésions d’entérocolite et permet de se soustraire à l’élaboration dans un premier temps d’un modèle d’entérocolite difficile à mettre en place d’un point de vue technique et éthique.

Notre objectif est de valider l'effet anti-inflammatoire de la coelioscopie sur un modèle expérimental d'inflammation intestinale

Patients et Methodes

Quarante-cinq souris mâles Wild type Balb/c, âgées de 6 semaines ont reçu du DSS à 2% dissous dans leur eau de boisson pendant 7 jours. À J4, trois groupes ont été envisagés : deux groupes recevant une insufflation intra-péritonéale pendant 30 min à 5 mmHg sous anesthésie générale, le groupe « DSS + insufflation de CO2 » et le groupe « DSS + insufflation d’air », et un groupe « DSS seul », sans insufflation. L'évaluation clinique quotidienne comprenait la mesure d'un indice d'activité clinique (DAI) validé, incluant la surveillance pondérale. Les animaux étaient sacrifiés à J7 afin de réaliser l’analyse des données histopathologiques sur la totalité du côlon. L'inflammation a été évaluée par un score composite prenant en compte l'infiltration des cellules inflammatoires, l'altération des cryptes coliques, la mucosécrétion et les ulcérations. L'évaluation de l'inflammation et de la mucosécrétion a été réalisée par immunohistochimie en utilisant des anticorps ciblant l'IL6, la myéloperoxydase MPO, la mucine MUC2 sur des coupes de côlon des différents groupes de souris.

Résultats

Les symptômes et la perte de poids étaient significativement réduits chez les souris ayant bénéficié d’une insufflation intra-péritonéale de CO2, par rapport aux souris non traitées ou insufflées à l'air. Les résultats sur 45 souris montrent un score clinique à J7 significativement plus faible dans le groupe CO2 que dans le groupe DSS seul (1.50±0.43 vs 4.47±0.46 ; p<0.0001) et le groupe air (1.50±0.43 vs 4.33±0.36 ; p<0.0001). En histologie, il existait une amélioration de la perturbation architecturale du côlon, avec un score histologique significativement plus faible dans le groupe CO2 (5.9±0.82 vs DSS seul 9.2±0.53 ; p=0.0059/vs Air 8.4±0.79 ; p =0.0389), associée à une baisse significative du pourcentage de surface ulcérée dans le groupe CO2 (3.77±1.41 vs 10.7±2.58 ; p=0,0306). De plus, les côlons de souris exposées au CO2 montraient une persistance de cellules à mucus dans des zones ulcérées contrairement aux autres groupes. En immunohistochimie, cette persistance de mucosécrétion est confirmée par l’expression de MUC-2, plus importante dans les côlons des souris exposées au CO2.

Discussion

Conclusion

L’ensemble de ces résultats représente un réel enjeu thérapeutique de l’effet anti-inflammatoire intestinal médié par l’insufflation de CO2, tant sur l’entérocolite, que sur la mécanistique de cet effet. Plusieurs voies de recherche s’offrent à nous afin d’explorer le mécanisme intime impliqué dans cet effet anti inflammatoire.

Remerciements

Société Française de Chirurgie Pédiatrique (SFCP), Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM)