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CO.087 - L’ustékinumab est plus efficace que l’azathioprine pour prévenir la récidive post-opératoire endoscopique de la maladie de Crohn

A. Buisson, S. Nancey, L. Manlay, D. Rubin, X. Hébuterne, B. Pariente, M. Fumery, D. Laharie, X. Roblin, G. Bommelaer, B. Pereira, L. Peyrin-Biroulet, L. Vuitton

Introduction

La prévention de la récidive post-opératoire (RPO) est une préoccupation majeure dans la maladie de Crohn (MC). L'azathioprine est une option possible même si son efficacité reste limitée. En revanche, aucune donnée n'est disponible sur l'efficacité de l'ustekinumab dans cette situation.

L’objectif de l’étude était d’évaluer si l'ustekinumab était plus efficace que l'azathioprine pour prévenir la RPO endoscopique chez les patients atteints de MC.

Patients et Methodes

Nous avons collecté rétrospectivement et de manière consécutive, les données de tous les patients atteints de MC traités par ustekinumab en prévention de la RPO endoscopique dans 9 centres. Tous ces patients ont reçu une induction intraveineuse avec un intervalle médian entre le rétablissement de la continuité intestinale et le début de l'ustekinumab de 30,5 jours IQR [16,8-49,8 jours]. Toutes les injections sous-cutanées ultérieures ont été réalisées en utilisant une dose de 90 mg. Le groupe témoin (azathioprine 2,5 mg / kg / jour en monothérapie) était composé de patients ayant participé à un essai contrôlé randomisé mené dans les mêmes centres, comparant l'azathioprine seule ou en association avec la curcumine. L'azathioprine a été débutée 14 jours après le rétablissement de la continuité intestinale. Nous avons inclus des patients atteints de MC de plus de 18 ans qui avaient eu une résection chirurgicale pour MC iléale, iléo-colique ou colique avec anastomose iléo-colique. Toutes les lésions macroscopiques devaient avoir être enlevées pendant la chirurgie. L'anastomose devait être accessible par iléo-coloscopie.

Le critère de jugement principal était la RPO endoscopique évaluée 6 mois (M6) après résection intestinale ou le rétablissement de continuité, définie comme un indice de Rutgeerts ≥ i2. Les critères secondaires étaient des définitions alternatives de la RPO endoscopique en utilisant un indice de Rutgeerts ≥ i2b comme valeur seuil (RPO endoscopique i2b) et un indice de Rutgeerts ≥ i3 comme valeur seuil (RPO endoscopique sévère). Dans le groupe contrôle (azathioprine), la relecture des endoscopies à M6 a été réalisée de manière centralisée par des lecteurs indépendants en aveugle. Pour les patients traités par ustekinumab, toutes les évaluations endoscopiques ont été réalisées par des lecteurs locaux expérimentés dans l’évaluation de l’indice de Rutgeerts dans les essais cliniques.Les données ont été appariées grâce à des scores de propension (Inversed Probability of Treatment weighting = IPTW) pour rendre les deux groupes comparables.

Résultats

Au total, 32 patients ont été inclus dans le groupe ustekinumab et 31 dans le groupe azathioprine. Aucun patient n'a reçu d'azathioprine dans le groupe ustekinumab. Le niveau médian de 6-TGN était de 365 pmol à M3 et de 260 pmol à M6. Les ajustement ont été  réalisés grâce aux scores de propension sur les principaux facteurs de risque connus de RPO endoscopiques (tabagisme, phénotype fistulisant, antécédent de résection intestinale, longueur de résection > 30 cm et ≥ 2 biothérapies avant chirurgie) mais aussi sur l’exposition préalable aux thiopurines ou à l'ustekinumab avant chirurgie rendant les deux bras comparables (d <0,2). Dans cette cohorte, 93,7% (30/32) et 83,9% (26/31) des patients avaient au moins l'un des principaux facteurs de risque de POR dans le groupe ustekinumab et azathioprine, respectivement.

Après IPTW, le taux de RPO  endoscopique à 6 mois était plus faible chez les patients traités par ustekinumab par rapport à l'azathioprine (28,0% vs 54,5%, p = 0,029). Après IPTW, les taux de POR endoscopique i2b (indice de Rutgeerts ≥ i2b) et de POR endoscopique sévère (indice de Rutgeerts ≥ i3) étaient de 20,8% vs 42,5% (p = 0,066) et 16,9% vs 27,9% (p = 0,24) , dans les groupes ustekinumab et azathioprine, respectivement.

Aucun événement indésirable n'a été rapporté dans le groupe ustekinumab tandis que deux événements indésirables graves sont survenus dans le groupe azathioprine.

Discussion

Conclusion

Dans cette cohorte, nous avons constaté que l'ustekinumab était plus efficace que l'azathioprine pour prévenir la RPO endoscopique chez les patients atteints de MC. L'ustékinumab pourrait être une option intéressante dans cette situation même si  ces données devront être confirmées par un essai contrôlé randomisé.

Remerciements