JFHOD

P335 - Maladies proctologiques en Afrique noire : impact de la culture

Ntagirabiri Rénovat, Ndayishimiye Hermelance, Ngendakumana Fabien, Niyonzima Spès
Introduction

La prévalence des maladies proctologiques n'est pas connue en Afrique noir. Dans notre pays, aucun travail n'a été fait à propos de ces maladies taboues dans notre culture. Le but du travail était de déterminer leurs prévalences.

Patients et Méthodes

Etude prospective, menée dans le Centre des maladies digestives et du foie « CEMADIF » sur six mois (de mars à septembre 2011) chez les malades (M) consécutifs qui se sont présentés en consultation en médecine générale et en gastroentérologie. Lors de la consultation, le M qui avait un symptôme proctologique était invité à passer un examen (inspection, toucher rectale et anuscopie) par un gastroentérologue. Un consentement verbal devait d'abord être obtenu après une explication de l'étude. La taille de l'échantillon représentatif a été calculée selon la formule : n =  [t²xp (1-p) ] /e² où n = taille de l'échantillon attendu, t = niveau de confiance = 1,96 (déduit du taux de confiance de 95%), p = proportion estimative de la population ayant une maladie proctologique (cette proportion n'était pas connue et nous avons retenu la valeur conventionnelle de 0,5) et e = marge d'erreur (fixée à 2%). L'échantillon attendu était alors estimé à 2401. L'analyse des résultats a été faite à l'aide des logiciels statistiques. Le Khi carré a été utilisé pour comparer les pourcentages (exprimés assortis de leurs intervalles de confiance (IC) à 95%).

Résultats

2500 M ont participé dans l'étude. 1374M étaient de sexe féminin et 1126M de sexe masculin soit un sex-ratio de 1,2. L'âge moyen des M était de 43+/-10 ans. Le poids moyen : 61kg+/- 10kg, L'indice de masse corporel (IMC) moyen était de 24,3+/-3,02 kg/m². L'alcool était consommé par 1081M soit 43,24% IC95% =  [0,41 ; 0,45] sans différence significative entre les deux sexes. Le tabac était significativement fumé par les hommes soit 103hommes, 9,15% IC95% =  [0,07 ; 0,11] versus 11 femmes 0,8% IC95% =  [0,00 ; 0,02], X² = 54,13, p<0.001. Au total, 314M avaient des plaintes d'appel proctologiques soit 12,56% IC95% =  [0,11 ; 0,14]. Les principales symptômes retrouvés étaient les douleurs anales à la défécation chez 248M soit 9,92% IC95% =  [0,09 ; 0,11] de la population générale, les rectorrhagies chez 196M soit 7,84% IC95% =  [0,06 ; 0,09] et les « boules ou excroissances » anales chez 372M soit 14,88% IC95% =  [0,13 ; 0,17]. La douleur anale a été spontanément rapportée par 74,5% des M présentant ce symptôme. Les autres signes en particuliers les boules anales surtout indolores et les rectorragies ont été spontanément rapportées par 11,6% des malades ayant ces symptômes. A l'examen, les principales pathologies retrouvées étaient les fissures anales chez 205 M, soit 8,2% IC95% =  [0,07 ; 0,10], les hémorroïdes chez 141 M soit 5,64% IC95% =  [0,04 ; 0,7], les marisques et papilles hypertrophiques chez 251M soit 10,04% IC95% =  [0,08 ; 0,12] et des fistules chez 43 M soit 1,72% IC95% =  [0,01 ; 0,03]. Les autres maladies étaient retrouvées à une fréquence inférieure à 1%.Un M pouvait avoir une ou plusieurs maladie. Aucun facteur de risque notamment le poids (IMC), le tabac et l'alcool n'avait une corrélation significative avec l'incidence de ces maladies (p>0.05) dans les deux sexes.

Conclusion

Les maladies proctologiques sont fréquentes dans notre pays. La barrière culturelle pèse lourd au diagnostic. Des campagnes de sensibilisation et d'éducation de la population et du personnelle médicale sont nécessaires pour changer de mentalité et bien prendre en charge ces malades.