JFHOD

CO.120 - Morbidité post-opératoire de la chirurgie anti-reflux cœlioscopique chez les patients atteints d’œsophage de Barrett

A. Challine, M. Barret, B. Dousset

Introduction

Après éradication endoscopique d’un œsophage de Barrett (OB) dysplasique, le risque de récidive est évalué à 7,5% par an. O’Connell et al. ont montré qu’après un traitement endoscopique d’un OB dysplasique, une chirurgie anti-reflux permettait de diminuer la récidive de métaplasie par rapport un traitement inhibiteur de la pompe à protons seul (1). L’objectif de ce travail était d’évaluer la morbidité postopératoire d’une chirurgie coelioscopique anti-reflux chez les patients porteurs d’un OB.

Matériels et méthodes

Les données du PMSI des patients hospitalisés entre 2010 et 2019 en France associant une chirurgie anti-reflux coelioscopique et un antécédent d’endoscopie ont été analysées. La morbidité postopératoire était le critère de jugement principal défini par l’apparition d’une infection du site opératoire, d’une hémorragie, d’une maladie thromboembolique ou d’une complication pulmonaire dans les 90 jours après l’intervention.

Deux groupes ont été créés, en fonction de la présence préopératoire d’un œsophage de Barrett. Une analyse ajustée par un score de propension (calculé sur les caractéristiques préopératoires des patients, la présence d’asthme, de toux, d’une hernie hiatale ou d’une œsophagite) et une pondération inverse de la probabilité a été réalisée.

Résultats

Sur la période, 1 592 815 patients ont été hospitalisés avec un reflux gastro-œsophagien,    1 247 877 (78%) patients ont eu une endoscopie diagnostique, 85 115 (7%) présentaient un OB, 6 336 cancers œsophagiens ont été diagnostiqués (4‰).

Au total, 28 399 patients ont une chirurgie anti-reflux. Parmi eux, 15 715 (55%) ont été opérés après une endoscopie et ont été analysés. Un OB était présent chez 2 042 (13%) patients. Le groupe OB était plus vieux (OB=50,8±15 ans vs. Non-OB=49,4±19 ans, p=0,002), composé de plus d’hommes (OB=57,6% vs. Non-OB=38,4%, p<0,001), présentait plus de hernies hiatales (OB= 68,7% vs. Non-OB=78,1%, p<0,001), et avait un score de Charlson moins élevé (OB=0,37±1% vs. Non-OB=0,43±1, p=0,02). Après ajustement, les deux groupes étaient comparables.

La mortalité postopératoire était de 0,2%. La morbidité chirurgicale était de 5,4%, non différente dans les groupes après ajustement (OB=4,4% vs. Non-OB=5,5%, p=0,07). Les complications les plus fréquentes étaient pulmonaires (2,4%), suivies des infections du site opératoire (2,3%).

Après un suivi médian de 26 [1,25-58] mois, le risque de nouvelle chirurgie anti-reflux n’était pas différent (p=0,86) entre les groupes. Le groupe OB était plus à risque d’avoir un traitement endoscopique d’une récidive d’OB (HR= 5,53 [3,55-8,60]) et plus à risque de cancer œsophagien (HR=2,94 [1,52-5,72], p=0,002).

Après leur chirurgie initiale, 39 patients ont eu un traitement endoscopique d’un OB, 2 (5%) ont développé une sténose, aucun n’a présenté de perforation œsophagienne.

Discussion

.

Conclusion

La morbidité postopératoire d’une chirurgie anti-reflux est minimale, équivalente pour les patients atteints ou non d’œsophage de Barrett. De plus, la chirurgie antireflux ne compromet pas un traitement endoscopique ultérieur de l’œsophage de Barrett dysplasique. Ces données justifient de la faisabilité d’une étude prospective évaluant l’intérêt de la chirurgie anti-reflux après traitement endoscopique d’un œsophage de Barrett dysplasique, en prévention de la récidive de la métaplasie.

Remerciements

.