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CO.140 - Mortalité de l’hépatite E aiguë chez l’immunocompétent : une étude monocentrique chez 131 patients consécutifs

M. Castanier, F. Abravanel, L. Moga, C. Dimeglio, M. Guillaume, C. Billey, M. Depaire, M.A. Robic, C. Bureau, J.M. Péron

Introduction

L’hépatite E est la première cause d’hépatite aiguë virale dans le monde responsable de 20 millions d’infection et environ 70 000 décès par an. En France, environ 2600 cas ont été répertoriés en 2018, la plupart étaient des formes autochtones. Les manifestations extra-hépatiques notamment neurologiques et le passage à la chronicité chez l’immunodéprimé sont bien décrits, en revanche, la mortalité a été peu étudiée. Seules des études de faibles effectifs (une dizaine de patients) ont été menées il y a plus de 10 ans. L’objectif de notre étude était d’étudier la mortalité au cours d’une hépatite E aiguë chez les patients immunocompétents.

Patients et Methodes

Tous les patients immunocompétents se présentant en consultation ou hospitalisés pour une hépatite E aiguë entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2018 dans notre CHU ont été inclus de manière rétrospective. Il s’agissait d’une étude monocentrique, observationnelle. Le diagnostic d’hépatite E était posé devant une sérologie IgM anti-VHE positive ou une PCR VHE positive dans le sang ou dans les selles. La ribavirine était prescrite chez certains patients selon l’appréciation du clinicien.

Résultats

Cent trente et un patients ont été inclus, 79% d’entre eux étaient hospitalisés. 24 patients ont été admis en soins intensifs ou en réanimation. L’âge médian était de 53 ans avec une prédominance masculine (66 %). Une cirrhose était présente chez 17 % des patients, décompensée chez 20 patients, méconnue dans un cas sur deux. Il a été mis en évidence des manifestations cliniques neurologiques chez 15 patients (11,5 %). Cinq syndromes de Parsonage Turner, deux syndromes de Guillain Barré, deux méningoradiculites, deux neuropathies des petites fibres et une paralysie récurrentielle gauche ont été diagnostiqués. 45 % des patients étaient ictériques au diagnostic. Le taux médian de bilirubine était de 55,9 µmol/l, le taux médian d’ALAT de 1122 UI/l lors du bilan initial. Le taux médian de TP était de 87 %. Cent dix-neuf patients étaient virémiques avec une prédominance de génotype 3f (66 %). Treize patients étaient infectés par un virus de sous-type 3c, trois par le sous-type 3i et un par le sous-type 3e. Vingt-huit patients ont été traités par ribavirine (21,4 %). Treize patients sont décédés au cours d’un suivi médian de 19 mois (9,9 %). La mortalité à un mois était de 4.6 %, et à six mois de 9.2%. La consommation d’alcool (OR=1,02), la présence d’une cirrhose (OR=12,49) ou d’un diabète (OR=3,71) étaient associées à la mortalité à 1 et 6 mois en analyse univariée. La présence d’un ictère au diagnostic était un facteur de risque de mortalité à 1 et 6 mois. Un TP élevé, un taux élevé d’albumine et une virémie élevée étaient des facteurs protecteurs à 1 et 6 mois.

Discussion

Conclusion

La mortalité chez les patients immunocompétents présentant une hépatite E aiguë est estimée à 4.6% à 1 mois. La présence d’une cirrhose, d’un alcoolisme chronique, d’un diabète et une bilirubine élevée lors du diagnostic sont des facteurs de risque de mortalité à prendre en compte dans les indications de traitement et de prévention.

Remerciements