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CO.108 - Mutations du promoteur de TERT et cancérogenèse hépatique : identification et quantification du statut mutationnel par analyse en PCR digitale sur matériel fixé inclus en paraffine

S. Paisley, I. Ba, A. Beaufrère, M. Albuquerque, O. Soubrane, C. Kannengiesser, V. Paradis

Introduction

La carcinogenèse hépatique suit un processus séquentiel avec le développement de lésions pré-néoplasiques (nodules dysplasiques) associées à une accumulation d’anomalies génétiques. Les mutations hotspot du promoteur de TERT (principal mécanisme responsable de la réactivation de la télomérase) sont les plus fréquentes, observées respectivement dans 20% et 60% des nodules dysplasiques de haut grade et des carcinomes hépatocellulaires (CHC). Le diagnostic histologique différentiel de ces 2 types de nodules est difficile, avec une performance de la biopsie nettement insuffisante. Identifier les nodules hépatocellulaires présentant une mutation du promoteur de TERT, et donc ayant réactivé la télomérase, permettrait de diagnostiquer les nodules déjà engagés dans le processus de malignité, quel que soit leur classification morphologique. L’objectif de ce travail est de caractériser les mutations hotspot du promoteur de TERT par une technique de biologie moléculaire ultra-sensible et spécifique (la ddPCR) dans une série de macronodules hépatocellulaires < 2 cm développés sur cirrhose à partir de prélèvements fixés en formol et inclus en paraffine.

Matériels et méthodes

Nous avons sélectionné de manière rétrospective 167 macronodules développés sur foie cirrhotique et mesurant moins de 2 cm, chez 33 patients opérés entre 2015 et 2018. Nous avons procédé pour tous, à une relecture anatomopathologique et à leur classification en : CHC, nodule dysplasique de haut grade, nodule dysplasique de bas grade et nodule régénératif. L’ADN tumoral a été extrait à partir de copeaux ou de punch de blocs de paraffine grâce à un kit d’extraction. L’ADN extrait a été dosé par fluorimétrie. Les mutations hotspot (-124C>T), (-146C>T) et (-57A>C) ont été recherchées en ddPCR grâce à des sondes Taqman spécifiques.

Résultats

Les 167 macronodules sélectionnés se répartissaient en CHC (n=64, 38%), nodules dysplasiques de haut grade (n=18, 11%), nodules dysplasiques de bas grade (n=15 ,9%), nodules régénératifs (n=27, 16%). Pour 10 nodules (6%), le diagnostic était difficile [régénératif vs bas grade (n=2) ou bas vs haut grade (n=2) ou haut grade vs CHC (n=6)]. Pour chaque patient, nous avons inclus un nodule cirrhotique (nodule contrôle). Les facteurs étiologiques de la cirrhose étaient : infection par le VHC dans 30% des cas (n=10), infection par le VHB dans 15% des cas (n=5), consommation chronique d’alcool dans 57.5% des cas (n=19) et stéatopathie métabolique dans 15% des cas (n=5).

Au total, 52 nodules présentaient une mutation du promoteur de TERT : 48 en position (-124), 2 en position (-146) et 2 en position (-57). Soixante pourcent des patients (n=21) présentaient au moins un nodule muté. Les nodules mutés correspondaient morphologiquement à un CHC (n=45, 72 %), un nodule dysplasique de haut grade (n=3, 16%), un nodule dysplasique de bas grade (n=1, 7%), un nodule régénératif (n=1, 4%) et un nodule cirrhotique (n=1, 3%). Parmi les 10 nodules de diagnostic difficile, un seul (haut grade vs CHC) était muté en position (-124).  Dans l’ensemble des nodules mutés, la fréquence allélique moyenne de la mutation (-124) était de 28.7%, 23.5% pour la mutation (-146) et 16% pour la mutation (-57). Deux mutations différentes étaient observées chez un même patient. Le statut mutationnel n’était statistiquement pas lié à la taille des nodules [8.5 mm (nodules mutés) vs 8.8 mm (nodules non mutés)] ou à l’origine de la cirrhose.

Discussion

Conclusion

Cette étude d’identification des mutations du promoteur de TERT par une analyse en PCR digitale (1) confirme la fréquence plus importante des mutations dans les CHC <2 cm que dans les nodules dysplasiques de haut grade de malignité développés sur cirrhose (Nault JC et al, Hepatology, 2014), (2) identifie la mutation en position (-57) pour la 1ère fois dans ce contexte, et (3) fournit une quantification de la fréquence allélique des différentes mutations hotspot sur tissu fixé. Ainsi, la recherche des mutations du promoteur de TERT en routine sur des prélèvements biopsiques pourrait aider à identifier les nodules de < 2 cm déjà engagés dans la progression maligne, indépendamment de leur classification morphologique.

Remerciements