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P131 - Obésité et cancers digestifs : impact pronostic à propos de 283 cas

Sabbah Meriam, Trad Dorra, Bibani Norsaf, Elloumi Héla, Ouakaa-Kchaou Asma, Kochlef Asma, Gargouri Dalila, Kharrat Jamel

Introduction

En plus d'être un facteur de risque des maladies cardiovasculaires, l'obésité a également été incriminée dans la cancérogenèse comme en témoigne l''incidence plus élevée de celles-ci chez les patients obèses avec un risque relatif variant de 1,5 à 2. Cependant ; les mécanismes de cette association et les conséquences pronostiques restent peu élucidés. La physiopathogénie associe la résistance à l'insuline, l'inflammation chronique, l'immunomodulation par les adipokines, le stress oxydatif, et les modifications du microbiome intestinal. Le but de notre étude était de déterminer les particularités phénotypiques, thérapeutiques et pronostiques des cancers digestifs chez le patient obèse.

Patients et Méthodes

Type d'étude : étude rétrospective descriptive réalisée au service de gastro-entérologie de l'hôpital Habib Thameur de Tunis sur une période de 11 ans de 2002 à 2012.
Critères d'inclusion : tous les patients ayant un cancer digestif (gastrique, grêlique, colo-rectal, carcinome hépatocellulaire, cancer du pancréas, ampullome vatérien ou cholangiocarcinome) ont été inclus dans l'étude et répartis en deux groupes
- Groupe 1 : patients ayant un indice de masse corporel < 25kg/m2
- Groupe 2 : patients ayant un indice de masse corporel ≥ 25kg/m2
Paramètres étudiés : les deux groupes ont été comparés concernant l'extension locorégionale et à distance, l'histologie, le traitement curatif ou palliatif ainsi que la survie.
Etude statistique : les données ont été saisies par le logiciel SPSS 18.0. Les variables ont été comparées par le test khi 2 de Pearson. La survie a été étudiée selon la méthode de Kaplan Meier. Une association de variable était considérée comme statistiquement significative si p <0,05.

Résultats

Deux cent quatre-vingt-trois patients ont été inclus, l'âge moyen 63,7 ans (29-96) et sexe ratio 1,35 (H/F = 163/120) ). Le type de cancer était dominé par le cancer colorectal dans 77 cas (27%) puis gastrique dans 65 cas (23%). L'indice de masse corporel moyen était de 22,5kg/m2 avec des extrêmes allant de 13,7 à 26,6kg/m2. Un surpoids était noté chez 69 patients (24%). Dans notre étude, les patients en surpoids étaient plus fréquemment classés T3 ou T4 et N+ selon la classification TNM (p = 0,009 et 0,0001) témoignant d'une extension locorégionale et ganglionnaire plus avancée. Cependant aucune différence n'a été notée concernant l'extension métastatique entre les deux groupes (p = 0,399). Par ailleurs des formes histologiques de mauvais pronostic était plus fréquemment observées en cas de surpoids (indifférenciation, production de mucine) avec un p = 0,022. Aucune différence n'était notée entre les deux groupes concernant l'âge, le sexe, le type de tumeur, le traitement (curatif ou palliatif).La mortalité était également plus importante chez les patients obèses avec une survie moyenne à 12 mois était de 70% dans le groupe BMI < 25kg/m2 contre 45% dans le groupe BMI ≥ 25kg/m2 avec un p<0,0001.

Conclusion

Dans notre série, le surpoids et l'obésité sont associés à un plus mauvais pronostic au cours des cancers digestifs. En effet, dans ce groupe, l'extension locorégionale et ganglionnaire est plus avancée expliquant la mortalité plus importante.