JFHOD

P14 - Perturbation des tests biologiques hépatiques au cours des MICI : fréquence, causes et impact sur la prise en charge

Bonnivard Sophie, Heurgué-Berlot Alexandra, Brixi Hedia, Barbe Coralie, Vandromme Luc, Renard Pascal, Cadiot Guillaume

Introduction

Les objectifs de l'étude étaient d'évaluer, à l'ère des biothérapies, la fréquence des perturbations des tests biologiques hépatiques au sein d'une large cohorte bi centrique de patients atteints de maladie inflammatoire chronique intestinale (MICI), de définir les différentes causes de perturbation de ces tests et d'évaluer les conséquences sur la prise en charge des MICI.

Matériels et Méthodes

Ont été inclus rétrospectivement tous les patients atteints de MICI, pris en charge pour la première fois entre le 01/01/2000 et le 31/12/2006 dans 2 centres publique et privé, avec un suivi jusqu'au 01/06/2012. Les perturbations des tests biologiques hépatiques étaient définies comme légères si les paramètres biologiques hépatiques étaient entre la limite supérieure de la normale (N) et 2N et comme modérées à sévères si les perturbations étaient > 2N, confirmées sur 2 prélèvements. Tous les dossiers des patients ayant des tests biologiques hépatiques perturbés étaient réexaminés par un hépatologue afin d'aboutir à un diagnostic précis de la maladie hépatique.

Résultats

210 patients (115 femmes, 55% ; âge moyen au diagnostic 31,5+15 ans) ont été inclus : 155 étaient atteints de maladie de Crohn (MC) (74%), 50 de rectocolite hémorragique (RCH) (24%) et 5 de colite inclassée (2,4%). Après un suivi médian de 7,3 ans (extrêmes : 0,6-12,2 ans), des anomalies biologiques hépatiques étaient observées chez 85 patients (40,5%), équitablement réparties entre MC et RCH (40% vs 41,8%). Les causes les plus fréquentes étaient médicamenteuses (n = 32 ; 38%), la stéatose hépatique (n = 20 ; 23,5%), l'activité de la MICI (n = 14 ; 16%), l'origine indéterminée (n = 13 ; 15%), l'éthylisme chronique (n = 7 ; 8%) et la lithiase biliaire symptomatique (n = 5 ; 6%). Il existait 3 cas d'HNR, 2 cas de CSP, un cas de thrombose porte et un cas d'hémochromatose. Parmi les patients stéatosiques, l'indice de masse corporelle médian était de 29 kg/m2 (extrêmes : 21,5-34 kg/m2), 95% des patients étaient en surpoids et 45% obèses. Les thiopurines (n = 13 ; 52%) et le méthotrexate (n = 7 ; 22%) étaient les 2 principaux médicaments responsables de perturbation des tests biologiques hépatiques. Des anomalies ont été observées chez 9% des patients traités par thiopurine (azathioprine, 5,7% ; 6-mercaptopurine, 23,8%) et 15,2% des patients traités par méthotrexate. Il n'y a eu que 2 cas d'atteinte hépatique (2,9%) dont 1 sévère avec ictère chez les 70 patients traités par anti-TNFα (infliximab dans les 2 cas). Les anomalies biologiques hépatiques ont conduit à une modification thérapeutique chez 30 patients (35,3%) : réduction de dose (n = 1), arrêt de traitement (n = 27 ; 31,8%) et introduction d'un nouveau traitement (n = 18 ; 21,2%). En cas d'introduction d'un nouveau traitement, celle-ci a été retardée chez 5 patients (délai médian : 97 jours ; extrêmes : 30 à 180 jours).

Discussion

Conclusion

Près d'un patient atteint de MICI sur 2 présente des anomalies biologiques hépatiques. Les causes les plus fréquentes sont les médicaments, la stéatose, et l'activité de la MICI. La grande fréquence des atteintes hépatiques liée à la stéatose hépatique est expliquée par la forte prévalence de l'obésité dans cette population. Dans un tiers des cas, les perturbations des tests biologiques hépatiques modifient la prise en charge de la MICI avec un arrêt de traitement. Les anti-TNFα sont exceptionnellement en cause. L'apparition d'anomalie des tests biologiques hépatiques nécessite une collaboration étroite entre hépatologues et gastroentérologues.