JFHOD

CO.08 - Place de l'éducation thérapeutique dans l'accompagnement des patients atteints de MICI en rémission sous infliximab princeps au cours du switch vers un biosimilaire

A. Hastier, V. Cluzeau, J. Condat, N. Arab, X. Hébuterne, J. Filippi

Introduction

Les anti-TNF alpha occupent une place majeure dans la prise en charge des maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI) mais leur coût demeure important. Le CT-P13, premier biosimilaire de l’infliximab (IFX), a un profil d’efficacité et de tolérance comparable à l’IFX princeps, pour un coût moindre. Les médecins sont ainsi fortement incités à proposer un biosimilaire. Toutefois, pour les patients, le switch de l’IFX princeps au biosimilaire n’est pas toujours accepté. Le but de notre travail était d’évaluer l’intérêt de l’éducation thérapeutique (ETP) dans l’acceptation d’un switch de la molécule princeps au biosimilaire, chez des patients atteints de MICI en rémission clinique depuis au moins 6 mois, et en traitement de maintenance  par IFX princeps.

Patients et Methodes

Il s’agit d’une étude prospective monocentrique, ouverte et comparative. Tous les patients âgés de plus de 18 ans, suivis pour rectocolite hémorragique (RCH) ou maladie de Crohn (MC), traités par IFX princeps entre juin 2017 et juin 2018 et en rémission clinique durable depuis au moins 6 mois se voyaient proposer un questionnaire réalisé spécifiquement pour cette étude, afin d’évaluer leurs connaissances sur les biosimilaires et l’acceptation du traitement. Les patients avaient le choix d’accepter ou non le switch, avec ou sans entretien d’ETP. Les patients étaient réévalués aux semaines 8 et 16. Le critère de jugement principal de notre étude était le pourcentage de patients ayant accepté le switch après avoir bénéficié d’une séance d’ETP. Les critères de jugements secondaires étaient l’évaluation de la connaissance et du ressenti des patients par rapport à un traitement par biosimilaire ; la rémission clinique, basée sur le score de Harvey-Bradshaw < 4 pour la MC et sur le score de Mayo < 2 pour la RCH ; la rémission biologique, basée sur le dosage de la CRP (N<5 mg/L) et de la calprotectine fécale (N<150 μg/g de selle) ainsi que l’immunogénicité après le switch, avec le dosage du taux résiduel d’IFX (TRI) et la recherche d’anticorps anti-IFX (ATI).

Résultats

86 patients (âge médian 44 ans [19-79], 51 hommes et 35 femmes) ont été inclus (36% de RCH et 64% de MC). Le switch a été initialement accepté par 53% des patients et refusé par 47%. Parmi les 47% de refus, 78% ont accepté de participer à un entretien éducationnel avec l’infirmière d’ETP ; 68% d’entre eux ont finalement accepté le switch. A la semaine 16, la persistance de traitement par biosimilaire était de 91%, soit 63 patients sur 69 switchés initialement. Aux semaines 0, 8 et 16, respectivement, le score de Mayo était de 0,68 ± 0,69, 0,81 ± 0,95 et 0,57 ± 0,76 (p=0,733) et le score de Harvey-Bradshaw était de 0,88 ± 1,70, 1,95 ± 2,27 et de 2,14 ± 2,36 (p=0,134) ; la CRP était de 2,92 ± 4,52, 3,48 ± 5,99 et  4,33 ± 10,82 (p=0,724) ; la calprotectine fécale était de 291 ± 402, 418 ± 596 et 427 ± 459 (p=0,745) ; le TRI était de 5,00 ± 3,98, 4,81 ± 3,97  et de 4,44 ± 3,34 (p=0,642) ; aucun patient n’a présenté d’immunisation après switch  ; l’IBDQ à S16 était à 175 ± 34 pour un score à J0 de 182,61 ± 28 (p=0,494). A l’inclusion, l’évaluation sur les connaissances des biosimilaires montrait que 77% des patients n’en avaient jamais entendu parler, 85% étaient favorables au switch et 61% émettaient avoir des craintes quant à leur utilisation. A la semaine 16, cette même évaluation montrait que 84% des patients disaient connaitre les biosimilaires, 93% étaient favorables au switch et 39% avaient toujours des craintes quant à leur utilisation. Il n’y avait pas de différence significative sur l’acceptabilité du traitement par biosimilaire en comparant les patients ayant bénéficié ou non d’ETP (p=0,948).

Discussion

Conclusion

Le CT-P13 a été le premier biosimilaire de l’IFX disponible pour traiter les patients atteints de MICI. L’interchangeabilité entre l’IFX princeps et le biosimilaire est possible mais pas toujours acceptée par les patients. Notre travail démontre pour la première fois que l’ETP joue un rôle primordial dans l’acceptation du switch par biosimilaire.

Remerciements