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CO.076 - Prévalence de la fibrose hépatique et de l’hépatite C chez des patients suivis en CSAPA, CAARUD et US pénitentiaires en région Hauts-de-France

G. Lepeut, A. Nobécourt, D. Soen, F. Wartel, C. Richez, N. Biron, H.R. Hassinet, A. Monthe, P. Mathurin, V. Canva

Introduction

Les hépatopathies chroniques représentent un problème de santé publique dans les Centres de Soins d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) et les Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues (CAARUD), avec une prévalence de l’infection chez les usagers de drogues (UD) par le virus de l’hépatite C (VHC) de 40% et la consommation associée d’alcool pour 30% d’entre eux. Cependant, peu de patients sont dépistés et peu accèdent à un traitement. Le FibroScan® est une technologie non invasive, dont l’acceptabilité est excellente même chez les usagers de drogues. La mise à disposition d’un FibroScan® dans les CSAPA, CAARUD et US (Unité Sanitaire) en milieu carcéral semble constituer un moyen adapté, non invasif, reproductible et facilement acceptable pour dépister une hépatopathie chronique chez ces patients et permettre ainsi d’optimiser leur prise en charge. Le but de notre étude prospective était donc d’évaluer l’acceptabilité et la faisabilité du FibroScan® dans une population d’usagers de drogues, consultant en structures dédiées, contaminés ou non par le virus de l’hépatite C (VHC) et/ou consommateurs excessifs d’alcool pour le dépistage de la fibrose hépatique.

Patients et Methodes

Le Réseau Hépatites, soutenu par l’ARS, a mis à disposition des FibroScan® portables dans les CSAPA, CAARUD et US pénitentiaires de deux territoires de santé de la région Hauts-de-France (Hainaut et Littoral). Chaque structure dispose d’un FibroScan® 2 fois par an, pour une durée de 1 ou 2 semaines selon l’importance de sa file active, afin de réaliser un dépistage de la fibrose par mesure de l’élasticité hépatique et proposition d’un bilan biologique. Les FibroScan® étaient effectuées par des infirmières ayant reçu au préalable une formation théorique et pratique par la société Echosens. Le recueil prospectif des données était réalisé de décembre 2014 à juin 2020  grâce à un questionnaire anonymisé standardisé complété par les soignants des différents centres et renseignant pour chaque patient l’âge, le sexe, le poids, la taille, les consommations d’alcool et/ou de drogues, les voies d’administration de drogues, le sevrage, le traitement de substitution par voie orale (TSO), le suivi addictologique, la connaissance du statut virologique (VIH, VHB, VHC), l’élasticité hépatique et les résultats du prélèvement sanguin (comportant bilan hépatique, NFS, TP, sérologies virales, génotypes et charges virales VHC). Le rendu des résultats du FibroScan® et du prélèvement sanguin était effectué par le médecin intervenant au sein de chaque structure. Une consultation d’hépatologie était proposée à tout patient dont le FibroScan® était > 7,1kPa ou en cas d’hépatite pour prise en charge de la fibrose et/ou traitement antiviral.

Résultats

Entre décembre 2014 et juin 2020, un dépistage de la fibrose hépatique par FibroScan® a été proposé à tous les usagers de drogues, âgés de plus de 18 ans, consultant en CSAPA, CAARUD ou US pénitentiaires ainsi qu’un dépistage biologique.  Les questionnaires de 2354 patients ont pu être analysés. Les patients étaient pour 79% des hommes (n = 1851), d’âge médian de 41 ans (IQR : 33-50), avec un indice de masse corporelle médian de 24 kg/m2 (IQR : 21-27), dont 38% (n=893) présentant un IMC ≥ 25kg/m² et 10% (n=237) un IMC ≥ 30kg/m². Un usage d’alcool était retrouvé dans 83% (n=1954) des cas, 49% (n=962) des patients étant sevrés. 54% (n=1267) des patients déclaraient un usage de drogues fumées, 40% (n=945) de drogues sniffées et 17% (n=396) de drogues par voie veineuse. 29% (n=678) des patients recevaient un TSO dont 75% (n=511) par Méthadone et 25% (n=166) par Buprénorphine. Les patients présentaient une élasticité hépatique normale ou avec fibrose minime dans 76% (n=1678) des cas. La fibrose était considérée comme significative (≥ 7,1 kPa) dans 24% (n=541) des cas et 9% (n=191) des patients présentaient une fibrose sévère (≥ 12,5 kPa). Les statuts virologiques déclarés par les patients étaient superposables aux résultats des sérologies effectuées. Au total, 70% (n=1636) des patients ont accepté le bilan biologique proposé. La prévalence du VHC était de 6% (n=140) dont 17% (n=23) d’ARN VHC détectables. Les génotypes étaient principalement de type 1 (67%) et de type 3 (30%). 

Discussion

Conclusion

Une fibrose hépatique significative est fréquente chez les patients usagers de drogues porteurs chroniques du VHC et/ou consommateurs excessifs d’alcool suivis en CSAPA, CAARUD ou US pénitentiaires. La prévalence du VHC dans notre population était faible (6%) par rapport aux données de la littérature, possiblement en raison d’un recours moins fréquent aux drogues injectables. Notre étude souligne l’intérêt d’un dépistage systématique de la fibrose dans cette population et de la mise à disposition de FibroScan® dans les structures accueillant ces patients pour l’évaluation du stade de fibrose. Notre étude confirme la faisabilité et l’excellente acceptabilité d’un tel dépistage par FibroScan® par les patients usagers de drogues et/ou consommateurs d’alcool ainsi que l’acceptabilité du bilan biologique associé. À terme, la poursuite de cette étude permettra de déterminer l’impact de cette évaluation sur l’initiation d’une prise en charge hépatologique dédiée.

Remerciements