JFHOD

CO0 - Prévalence de l'endobrachyœsophage au cours de la sclérodermie systémique

Wipff J, Allanore Y, Soussi F, Terris B, Abitbol V, Kahan A, Chaussade S
Introduction

L'atteinte oesophagienne est fréquente (70 à 90 % des cas) au cours de la sclérodermie systémique (ss) conduisant à la survenue d'un reflux gastro-oesophagien (RGO) quasi constant. L'endobrachyoesophage (EBO) est une complication fréquente du RGO, exposant les patients à un risque d'adénocarcinome. Les facteurs de risque reconnus de l'EBO, en dehors du RGO, sont le sexe masculin, une origine caucasienne, l'obésité, un alcoolo-tabagisme. Le rôle des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) dans la prévention de la survenue de l'EBO ou d'une dysplasie est discuté.

Le but de ce travail prospectif a été 1- de déterminer la prévalence de l'EBO et d'une dysplasie chez des patients présentant une ss 2-de déterminer les facteurs de risque de survenue de l'EBO dans cette population.

 

Patients et Méthodes

110 patients consécutifs ayant une ss selon les critères de l'ARA ont eu une endoscopie digestive systématique pour recherche d'EBO défini par une anomalie du bas oesophage associée à l'existence d'une métaplasie intestinale à l'histologie. Il s'agissait de 93 femmes et 17 homme d'âge moyen 58 ans. La ss évoluait depuis 9 ans en moyenne. Tous les patients prenaient des IPP depuis le diagnostic de la ss. Tous les patients ont eu un interrogatoire systématisé, un recueil des complications de la ss, une manométrie oesophagienne, un recueil des traitements en cours (AINS...), une sérologie Helicobacter pylori (n = 50), la recherche d'anticorps anti-nucléaires, anti-topoisomérase 1 et anti-centromères.

 

Résultats

12,7 % (n = 14) des patients avait un EBO (7 % des cas un EBO long, 93 % un EBO court). Il s'agisssait de femmes dans 86 % des cas. Aucun patient ayant un EBO ne présentait d'intoxication alcoolique ou tabagique versus 3 % dans le groupe sans EBO. Trois patients sur 14 (21 %) présentaient une dysplasie de bas grade (n = 2) ou de haut grade (n = 1). Ces 3 patients présentaient une ss compliquée d'ulcérations digitales récidivantes ayant nécessité un traitement par prostacycline. Aucun facteur de risque clinique, manométrique ou biologique n'était associé à l'existence d'un EBO. La prise d'AINS était retrouvée chez 21 % des patients avec EBO et 11 % des patients sans EBO. La sérologie H. pylori était plus souvent positive en l'absence d'EBO (42,5 %) qu'en sa présence (10 %) (p = 0,05).

 

Conclusion

La prévalence de l'EBO essentiellement dans sa forme courte est élevée au cours de la ss. Malgré des facteurs de risques différents (sexe féminin, absence d'intoxication tabagique ou alcoolique), prise continue d'IPP depuis le diagnostic de la ss, la survenue d'une dysplasie survenait dans 3/14 cas (21 %). Cette constatation incite à inclure les patients ayant une ss dans un dépistage de l'EBO et de ses complications.