JFHOD

P398 - Promotion du dépistage des hépatites virales et du diagnostic de la fibrose hépatique d’origine virale et/ou toxique dans les prisons du Puy-de-Dôme

Bonny Corinne, Abergel Armand, Lenat-Guyot Angeline, Henquell Cécile, Nicolas Carine, Dydymski Sylviane, Pereira Bruno, Jacomet Christine

Introduction

Cette sous-étude a été réalisée dans le cadre de l'étude prospective PRODEPIST menée par le Dr Jacomet en milieu carcéral dont les objectifs étaient de promouvoir le dépistage des hépatites virales et du VIH, de repérer les conduites addictives, de promouvoir la vaccination de l'hépatite B et, le diagnostic de fibrose hépatique chez les détenus porteurs du virus de l'hépatite B ou C et/ou consommateur d'alcool. Le but de cette sous-étude était de mettre en avant le dépistage des hépatites virales et d'évaluer la fibrose hépatique chez les détenus présentant un facteur de risque (hépatite virale et/ou alcoolisme excessif).

Matériels et Méthodes

Un dépistage du VHC/VHB a été proposé à l'entrée et à la sortie de la maison d'arrêt (MA) de Clermont-Fd et de Riom de juin 2012 à décembre 2013. Durant cette période, 702 personnes ont été incarcérées. Le diagnostic de fibrose par Fibromètre® et/ou par élastométrie (Fibroscan®) a été effectué chez les détenus avec une hépatopathie virale chronique (B ou C) et/ou une intoxication alcoolique à partir de janvier 2013. Le Fibroscan® n'était réalisé que ponctuellement lors de vacations de l'hépatologue au sein des 2 sites. L'évaluation de la consommation d'alcool a été faite avec le test DETA CAGE (Ramirez et al., 1988) ; seuls les patients avec une consommation excessive ont eu une mesure de la fibrose.

Résultats

La moitié des détenus (357/702) ont accepté de participer à l'étude PRODEPIST. Les résultats ont porté sur 206 détenus à la MA de Clermont-Fd et 151 à celle de Riom. La population carcérale était composée majoritairement d'hommes (94,1%, 336/357) ; l'âge médian était de 30 ans (25 - 39). La durée de détention médiane était de 183 jours (92 - 396). Une sérologie VHC positive a été retrouvée chez 4,7% (16/342) des détenus et, un ARN positif chez 1,5% (5/342). Deux détenus venaient de Géorgie, 2 de France et 1 d'Italie. Ces 5 patients ont été traités 24 semaines durant leur incarcération par trithérapie Interféron pégylé, Ribavirine et Télaprévir. Deux détenus sur 347 (0,6%) avaient un antigène HBs positif, 7,5% (26/347) présentaient des anticorps anti-HBc et, 49,3% (171/347) ont des anticorps anti-HBs. Une vaccination a été proposée aux 149 personnes qui avaient une sérologie virale B négative, 81 l'ont accepté (54,4%) et 12,1% (18/149) l'ont refusé. Des conduites addictives étaient fréquentes dans cette population : 83,8 % de fumeurs actifs (294/351), 42,6 % (145/340) ayant eu une consommation de cannabis et 24,1 % (79/327) présentant une addiction aux opiacés. Cent soixante-dix-neuf détenus sur 337 avaient déclaré une consommation d'alcool (53,1%). Parmi eux, 98 ont eu une évaluation de leur consommation et 70,4% présentaient une consommation excessive (69/98). Soixante-quinze détenus ont pu bénéficier d'un dépistage de la fibrose soit par Fibromètre® (n = 26) soit par Fibroscan® (n = 33) soit par les 2 méthodes (n = 16) ; il s'agissait soit de personnes avec un VHC/VHB (n = 11) soit de buveurs excessifs (n = 64) selon le test DETA CAGE. Une fibrose modérée à sévère a été retrouvée chez 12 détenus (4 VHC et 8 alcool) sur 75 soit 16% (2 étaient F2, 3 F3 et 7 F4). Dans le groupe des détenus ayant une intoxication alcoolique importante, 12,5% (8/64) présentaient une fibrose significative (≥ F2) et l'âge moyen était alors de 38 ans.

Conclusion

La prévalence du VHC est de 4,7% (comparable à l'étude PREVACAR 2010, 4,8%). La prévalence de l'Ag HBS est très faible et, une vaccination n'a pu être effectuée que pour 50% des détenus ayant une sérologie VHB négative. L'alcool est un problème majeur dans cette population (53% de consommateurs dont 70% sont excessifs) et reste la première cause de fibrose en maison d'arrêt (12% de ces consommateurs excessifs ont une fibrose significative). Cette population à risque doit bénéficier d'une évaluation de leur consommation d'alcool (ex : test DETA CAGE), de la fibrose hépatique en donnant un accès aux tests non invasifs et d'une prise en charge adaptée en détention.