JFHOD

CO.128 - Qualité du compte-rendu anatomopathologique et suivi des recommandations dans une cohorte multicentrique française de patients ayant eu une résection endoscopique pour cancer colorectal T1

F. Corre, M. Barret, J.P. Ratone, J. Albouys, J. Jacques, E. Chabrun, J.M. Canard, T. Wallenhorst, M. François, R. Gérard, B. Terris, R. Coriat, S. Chaussade

Introduction

Les progrès réalisés ces dix dernières années en endoscopie thérapeutique permettent aujourd’hui de traiter les cancers colorectaux superficiels avec une faible morbidité et une mortalité quasi-nulle. Cependant, pour les cancers infiltrant la sous-muqueuse (T1), il existe un envahissement ganglionnaire dans 10% des cas, indiquant alors une résection chirurgicale curative complémentaire. Selon les recommandations japonaises (JSCCR) et européennes (ESGE), en cas de résection histologiquement complète, la présence  d’une infiltration sous-muqueuse profonde (>1000µm), d’une tumeur peu différenciée, d’emboles veino-lymphatiques, ou de budding tumoral grade 2-3 pose l’indication d’une chirurgie complémentaire avec curage ganglionnaire. Il apparaît donc fondamental que chacun de ces critères soit renseigné dans le compte-rendu (CR) anatomopathologique afin de proposer aux patients une prise en charge adaptée. L’objectif de cette étude était d’établir un état des lieux des pratiques en France concernant la qualité des comptes-rendus anatomopathologiques et le suivi des recommandations dans le traitement endoscopique des cancers colorectaux T1.

Patients et Methodes

Nous avons mené une étude rétrospective incluant tous les patients consécutifs ayant eu une résection endoscopique par mucosectomie ou dissection sous-muqueuse d’un cancer colorectal T1 dans huit centres experts français entre mars 2012 et juillet 2019. Nous avons recueilli les données démographiques, cliniques, endoscopiques et histologiques afin d’étudier : 1) La qualité des comptes-rendus anatomopathologiques et notamment la présence de tous les critères nécessaires à la décision d’une chirurgie complémentaire ; 2) Le suivi des recommandations japonaises et européennes.

Résultats

223 patients ont été inclus. L’âge moyen de la population était de 70,9 ± 10,9 ans. 114 (51,1%) lésions étaient dans le colon et 109 (48,9%) dans le rectum. 49 (22,0%) lésions étaient pédiculées. 102 (45,7%) patients avaient eu une dissection sous-muqueuse, 96 (43,0%) une mucosectomie, 10 (4.5%) une résection hybride, 10 (4.5%) une polypectomie et 5 (2.2%) une résection transpariétale utilisant le dispositif FTRD. Concernant la qualité des comptes-rendus anatomopathologiques, le caractère R0 ou R1 de la marge verticale était renseigné dans 100% des cas ; la profondeur de l’invasion sous-muqueuse manquait dans 6 (2,7%) CR ; la différentiation tumorale manquait dans 9 (4,0%) CR ; le budding tumoral manquait dans 24 (10,8%) CR ; l’invasion veino-lympatique manquait dans 9 (4,0%) CR. Au total, il y avait au moins un critère histologique manquant dans 32 (14,3%) CR et au moins deux critères histologiques manquants dans 14 (6,3%) CR. Concernant le suivi des recommandations, une indication de chirurgie complémentaire était posée en RCP chez 123/218 (56,4%) patients et une surveillance simple chez 95/218 (43,6%) patients, alors que 5 patients étaient perdus de vue. 179 (82,1%) de ces décisions prises en RCP étaient conformes aux recommandations. Concernant les 39 (17,9%) patients chez qui les recommandations n’ont pas été respectées, il s’agissait dans la plupart des cas (33/39 ; 84.6%) de patients qui avaient une indication opératoire selon les recommandations et à qui une surveillance simple était proposée. 19/39 (48.7%) n’ont pas été opérés en raison d’un refus du patient ou d’un risque opératoire jugé excessif, ce qui porte à 20/218 (9,2%) le nombre de patients chez qui l’écart aux recommandations était « non justifié ». Parmi eux, 8/20 (40,0%) avait un CR histologique incomplet.

Discussion

Conclusion

Cette étude multicentrique de la prise en charge des patients ayant eu une résection endoscopique pour cancer colorectal T1 fait apparaitre que 14% des comptes-rendus histologiques sont incomplets et 9% des patients ont une prise en charge déviant des recommandations internationales. La création d’une RCP dédiée aux tumeurs superficielles digestives dans chaque centre d’endoscopie thérapeutique à haut débit pourrait permettre d’améliorer ces points.  

Remerciements