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C.137 - Quelle stratégie thérapeutique adopter en cas d’arrêt d’un traitement anti-TNFα en raison d’une dermatose induite sévère chez les patients atteints de maladie inflammatoire chronique de l’intestin ?

C. Cottron, X. Treton, R. Altwegg, C. Reenaers, A. Amiot, M. Fumery, L. Vuitton, L. Peyrin-Biroulet, G. Bouguen, O. Dewit, S. Nancey, L. Caillo, X. Roblin, M. Beylot-Barry, P. Rivière, D. Laharie

Introduction

La prise en charge des patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) devant interrompre un traitement anti-TNF en raison d’une dermatose induite sévère est mal codifiée. L’objectif de cette étude de cohorte était d'évaluer l'évolution de la dermatose et celle de la MICI après arrêt d’un anti-TNF en raison d’une dermatose induite sévère.

Patients et Methodes

Nous avons mené une étude rétrospective multicentrique incluant consécutivement tous les patients atteints de MICI ayant arrêté un anti-TNF en raison d’une dermatose induite (définie par l’apparition de lésions sous anti-TNF attribuables au traitement après avis spécialisé) dans les 13 centres participants. Les objectifs étaient de déterminer les taux de rémission des lésions cutanées (définie par la disparition de toutes les lésions) et de rechute de la MICI (définie par une rechute clinique ayant conduit à l’instauration d’un traitement systémique, une hospitalisation ou une chirurgie) chez les patients dont la maladie était inactive à l'inclusion, au cours du temps. Pour ces deux objectifs, l'impact de l'introduction précoce, dans les trois mois suivant l'arrêt de l’anti-TNF, d'une nouvelle biothérapie a été évalué. 

Résultats

Parmi les 181 patients (134 femmes, âge médian 29 ans, 160 maladies de Crohn) inclus dans l’un des centres participants, 99 (54,7 %) ont débuté une nouvelle biothérapie dans les trois mois suivant l’arrêt de l’anti-TNF qui était de l’ustékinumab chez 74 patients, un deuxième anti-TNF chez 13, du védolizumab chez 10 et une autre molécule chez 2.

Avec un suivi médian de 30 mois, une rémission des lésions cutanées induites était observée chez 110 (61,8 %) patients. La probabilité cumulée de rémission dermatologique à 1 et 3 ans était de 65,4 % (IC95% 52,2-75,0) et 81,7 % (IC95% 66,1-90,2) chez les patients avec introduction précoce d'un nouvel agent biologique et de 57,9 % (IC95% 44,5-68,0) et 66,2 % (IC95% 52,7-75,9) chez les autres (p=0,11). En analyse multivariée, l’atteinte du cuir chevelu était associée à une chance réduite de rémission des lésions cutanées induites [HR 0,64 (IC95% 0,43- 0,94), p=0,022] tandis que l’introduction précoce d’une biothérapie était associée à la rémission de la dermatose induite [HR 1.64 (IC95% 1.10-2.45), p=0.016].

Parmi les 148 patients présentant une MICI inactive à l'inclusion avec un suivi médian de 19 mois, une rechute de la maladie est survenue chez 75 (51,0 %). Les taux de survie sans rechute de la MICI à 1 et 3 ans étaient de 85,8 % (IC95% 77,5-94,9) et 52,7 % (IC95% 38,2-72,7) dans le groupe introduction précoce, et de 59,3 % (IC95% 48,9-71,9) et 30,0 % (IC95% 20,3-44,1) dans l'autre groupe (p=0,0021). En analyse multivariée, le sexe féminin était associé à un risque accru de rechute de la MICI [HR 2,24 (IC95% 1,08-4,65), p=0,019] tandis que l’introduction précoce d’une biothérapie était associée à un risque réduit de rechute de la MICI [HR 0.51 (IC95% 0.29-0.90), p=0.017].

Discussion

Conclusion

Chez les patients ayant interrompu un anti-TNF en raison d’une dermatose induite sévère, l'introduction précoce d'un nouvel agent biologique, qui était le plus souvent l’ustékinumab, est associée à la rémission des lésions dermatologiques et surtout à une réduction du risque de rechute de la MICI. 

Remerciements