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CO.105 - Radiofréquence hémorroïdaire : la nouvelle technique chirurgicale de choix pour le traitement des hémorroïdes internes ?

J.M. Didelot, R. Didelot

Introduction

La thermocoagulation hémorroïdaire par radiofréquence est une technique mini-invasive récemment proposée pour le traitement chirurgical de la maladie hémorroïdaire interne. Elle n'a été pour lors que très peu étudiée. Le but de cette étude rétrospective est d'évaluer l'efficacité de cette procédure sur les symptômes de la maladie hémorroïdaire, sur l'amélioration de la qualité de vie des patients traités ainsi que sa faisabilité en ambulatoire, le recensement des complications et l'estimation de l'arrêt de travail nécessaire.

Matériels et méthodes

Les patients ont été opérés sous anesthésie générale par le même opérateur selon la technique Rafaelo® utilisant la sonde HPR45i F-Care Systems®. Les patients, après information écrite par voie postale, ont été interrogés  sur la base d'un questionnaire téléphonique fin 09/2018. Le prolapsus a été coté selon l'échelle de Goligher (grade 1 à 4); la gêne globale hémorroïdaire, l'incontinence anale et les saignements sur une échelle analogique (0: aucun ; 10: très importants[1]). L'évolution de la maladie hémorroïdaire et le degré de satisfaction des patients ont été évalués sur une échelle analogique de -5 (aggravation) à +5 (amélioration). La qualité de vie a été mesurée par le score Hemo-Fiss-QoL[2] noté sur 100 estimant le retentissement de la maladie hémorroïdaire. Etude statistique par tests de Pearson et du t de Student.

Résultats

D'avril 2016 à avril 2018, 42 patients (pts) ont été opérés. 39 (93%) ont répondu au questionnaire: 26 hommes/13 femmes, âge moyen 51 ans (22 à 77 ans, σ = 12.65). La durée moyenne de suivi est de 15 mois (6 à 30 mois; σ 6.44). 4296 Joules en moyenne ont été appliqués par patient (2450-7000 J, σ 1100). 33 patients éligibles (85%) ont été opérés en ambulatoire. L'arrêt de travail ou d'activité a été en moyenne de 1.72 jours (0 j [23 pts/39] à 20 j; σ 3.68). Les saignements (37 patients/39) ont diminué de façon majeure (pré-op: 7/10 [σ 1.86], post-op: 1/10 [σ 1.79]; p<0.0001) ou ont totalement cessé chez 23 sur 37 (62%). Le prolapsus également : 33 patients sur 39 avant intervention, 24 sur 39 après avec, en cas de persistance, réduction significative de la procidence passant en moyenne du grade 3 (σ 0.67; gr 2 = 5 pts, gr 3 = 18 pts, gr 4 = 10 pts) au grade 2 (σ 1.32; gr 2 = 13 pts, gr 3 = 8 pts, gr 4 = 3 pts) (p<0.0001) et disparition totale chez 9 patients. 49% des patients ont utilisé des antalgiques de palier 3 durant quelques jours. On relève 7 thromboses hémorroïdaires externes post-opératoires (18%), seules complications recensées (sans différence avec la puissance utilisée; avec thrombus: 3904 J, sans thrombus: 4388 J; p = 0.30). Aucune incontinence anale n'a été décrite. La gêne hémorroïdaire globale ressentie a été très fortement diminuée, passant de 7/10 (σ 2.5) à 2/10 (σ 2.11) (p<0.0001). Le score de qualité de vie Hemo-Fiss-QoL, significativement corrélé à la gêne ressentie (pré-op: r = 0.38, p = 0.02; post-op: r = 0.74, p<0.0001), a été très significativement amélioré passant de 24.91 (σ 17.84) à 5.94 (σ 10.43) (p<0.0001). L'ensemble des patients a noté une amélioration de sa maladie hémorroïdaire (+4 sur 5 en moyenne, σ 1.67) et le taux moyen de satisfaction est de +4 sur 5 (σ 2.16). 33 patients (85%) choisiraient à nouveau cette technique en cas de récidive de leurs symptômes et 35 (90%) la recommanderaient à leur entourage.

Discussion

Conclusion

Cette étude rétrospective est la première étude francophone présentée à ce jour sur la thermocoagulation hémorroïdaire par radiofréquence (à notre connaissance) et en prouve l'intérêt, y compris par son recul. Cette technique mini-invasive de prise en charge des hémorroïdes internes semble efficace pour traiter les symptômes (saignements et procidence) et paraît améliorer très significativement la qualité de vie des patients. Elle est parfaitement adaptée à la chirurgie ambulatoire avec arrêt de travail nul ou très court et ses complications semblent mineures. Son acceptabilité par les patients est excellente. Ces premiers résultats positifs plaident en faveur de cette nouvelle technique permettant une prise en charge moins agressive de la maladie hémorroïdaire interne.

Remerciements