JFHOD

CO.097 - Reste-t-il une place pour la chirurgie dans le syndrome de l'ulcère solitaire du rectum ?

C. Gouriou, L. Siproudhis, M. Chambaz, A. Merdrignac, E. Le Balc'h, A. Merlini-L'Heritier, V. Desfourneaux-Denis, G. Bouguen, C. Brochard

Introduction

La prise en charge thérapeutique du syndrome de l'ulcère solitaire du rectum (SUSR) est multimodale, mais aucune recommandation n’existe à ce jour. La qualité de vie des patients reste médiocre et le suivi à long terme n'a jamais été évalué. Les objectifs de ce travail étaient de décrire la prise en charge thérapeutique des patients avec un SUSR, les résultats à long terme et d’identifier les facteurs associés à l'amélioration ou à l'aggravation des symptômes.

Patients et Methodes

Les données d'une base prospective, incluant le terrain, les plaintes, l’aspect lésionnel, les résultats des examens de physiologie anorectale (manométrie, défécographie) et la prise en charge thérapeutique ainsi que les réponses aux questionnaires auto-administrés des patients présentant un SUSR histologiquement prouvé sans prolapsus rectal extériorisé et suivis dans un centre de référence ont été examinées. La stratégie thérapeutique a été catégorisée comme suit : traitement médicaux (laxatifs oraux, mucilages et/ou régime riche en fibres, laxatifs locaux), réhabilitation par biofeedback, chirurgie (rectopexies pour correction des troubles de la statique pelvienne, résection de l’ulcère et/ou excision du rectum, stomie), TENS/neuromodulation sacrée, argon, injection de toxine botulique et soutien psychologique. La réponse au traitement était évaluée par des questions à choix unique et des échelles numériques (de -5 à +5) pour les symptômes et la qualité de vie. Des questions ouvertes ont été utilisées pour recueillir les événements liés à l'aggravation et à l'amélioration, les patients pouvaient écrire plusieurs facteurs.L'étude a été approuvée par le Comité pour la protection des personnes (N° ID-RCB : 2018-A01977-48).

Résultats

Cinquante-neuf patients ont été inclus. Après un suivi médian de 9,2 ans [3,4-15,4], 23/59 (39 %) patients rapportaient une amélioration des symptômes, alors que 47 % et 14 % décrivaient une stabilité ou une aggravation, respectivement. Tous les patients ont reçu un traitement visant à réguler le transit, 41 patients (69 %) ont suivi une rééducation par biofeedback et 37 (63 %) patients ont été opérés, parfois plusieurs fois (rectopexie abdominale n = 30, chirurgie transanale n = 10, résection ulcère n = 6, stomie n = 2). Les patients ayant eu une rectopexie étaient comparables aux patients non opérés, mais présentaient initialement plus fréquemment une procidence rectale de haut grade (20/28 (71 %) contre 7/21 (33 %) ; p = 0,008) ou une entérocèle (10/28 (35 %) contre 2/20 (10 %) ; p = 0,04). Les patients souffrant de maladies neurologiques ou du syndrome de l’intestin irritable ont signalé plus fréquemment une aggravation des symptômes (3/7 (43 %) contre 5/52 (10 %) ; p = 0,02 et 8/35 (23 %) contre 0/24 (0 %) ; p = 0,01, respectivement). L'état des patients atteints de maladies psychiatriques s'est amélioré moins fréquemment (4/21 (16 %) contre 19/34 (56 %) ; p = 0,002). Les patients qui ont utilisé des laxatifs topiques ont eu tendance à voir leur état s'améliorer plus fréquemment (18/38 (47 %) contre 5/21 (24 %) ; p = 0,07) ainsi que les patients qui ont utilisé une combinaison de mucilages et de biofeedback (12/23 (52 %) contre 11/36 (31 %) ; p = 0,10). Aucun traitement chirurgical n'a été associé à une amélioration symptomatique à long terme.

Discussion

Conclusion

Le taux de patients présentant une amélioration à long terme reste faible, en particulier dans les cas de maladies neurologiques, de syndrome de l’intestin irritable et de maladies psychiatriques. Le traitement de la constipation semble être la thérapie la plus prometteuse. La chirurgie n'apporte pas de soulagement symptomatique à long terme.

Remerciements